Les innovations technologiques au service du système de santé offrent de nouvelles perspectives pour l’ensemble du parcours de soin du patient : la prévention, la prise en charge, la coordination entre les acteurs du parcours de soins … 

        La DREES (la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques soit le service de statistiques public des Ministères sanitaires et sociaux) a estimé que pour l’année 2023, seulement 2,3% des dépenses en santé en France étaient allouées à la prévention sur l’ensemble des dépenses de santé (soins curatifs, médicaments, hospitalisations longue durée, gouvernance du système de santé etc). 

Graphique du montant des dépenses annuelles de prévention en santé par la DREES

        Pour autant, au sein des usages, le numérique se met au service de la prévention et permet d’envisager une évolution du modèle traditionnel de « Care » vers un modèle plus proactif de « Cure » notamment incarné par la médecine 4P : Personnalisée, Préventive, Prédictive et Participative. 

Qu’est-ce que la médecine 4p ? 

représentation futuriste bleue de la santé connectée et de la médecine 4P avec des molécules d'ADN, un stéthoscope, des médicaments et une roue centrale

Image générée avec l’intelligence artificielle générative Dall-E

        La médecine 4p est une notion émergente brevetée en 2013 par l’Institute for System Biology et largement popularisée par le Dr Leroy Hood. Celui-ci affirme en 2011 que la médecine passera “d’une discipline réactive à une discipline pro-active au cours de la prochaine décennie”.   

        Le modèle du cure propose un traitement des pathologies par diagnostics et élimination des symptômes. Le modèle de la médecine 4p est une approche globale de l’ensemble de l’expérience patient qui inclut les caractéristiques individuelles, les avancées technologiques et la prévention. 

Ce concept repose sur 4 piliers qui proposent une médecine : 

Personnalisée : prise en compte des caractéristiques de chaque patient (son profil génétique et épigénétique, son mode de vie, son interaction avec l’environnement…) pour réaliser plus précisément les prises en charge, les prescriptions de traitements et les recommandations de santé.  

Préventive : réalisation d’interventions précoces avant l’apparition des premiers symptômes pour maintenir la santé. L’évolution des maladies chroniques en hausse comme le diabète ou l’hypertension, sont corrélées au mode de vie et donc peuvent être prévenues par de l’accompagnement en amont et de l’information personnalisée. 

Prédictive : anticipation des risques grâce à la connaissance spécifique du patient, l’analyse de données, l’identification de la prédisposition génétique et des facteurs de risques 

Participative : implication du patient dans ses décisions et ses changements de comportement par l’intermédiaire d’outils numériques à sa disposition pour mesurer et suivre son état de santé. 

        Ainsi, la médecine 4p est une médecine qui s’appuie sur les caractéristiques génétiques, l’analyse de données et les avancées technologiques pour rendre la prise en charge plus ciblée, plus anticipée et pour placer le patient au centre de sa santé. 

La transformation numérique au service du care et de la médecine 4p

        Le numérique est partie prenante de la médecine 4p. Le développement des innovations technologiques transforme l’accès des patients à l’information médicale. Le patient peut s’informer via ses recherches en ligne, les réseaux sociaux, les chatbots IA mais aussi gérer sa santé via les applications numériques médicales et les objets connectés. Le patient devient ainsi plus actif dans la gestion et la compréhension de sa santé et ce, même par prévention, en amont de tout diagnostic.

         Et c’est justement ce que prône la vision proactive de la médecine 4p : des interventions précoces pour une identification rapide des risques et des outils à disposition du patient-acteur.

        Les entrepreneurs et les industriels se mobilisent pour transformer les solutions au service de l’expérience patient. Par exemple, des applications et des objets connectés permettent le suivi des constantes (rythme cardiaque, tension artérielle…), la gestion des prises de médicaments, le suivi de l’activité physique et du sommeil. Ces solutions transforment par ailleurs le lien entre le patient et le professionnel de santé et font du patient un partenaire pro-actif du parcours de soin équipé d’outils personnalisés.

Innover oui, mais pour quels enjeux ? 

        Les progrès technologiques appliqués à la santé et particulièrement à la médecine 4p apportent leur lot de nouveaux défis à relever et animent le débat sur la pertinence d’un tel modèle. 

        Comment protéger les données des patients collectées dans les objets connectés ? Comment rassurer les patients sur l’exploitation et l’analyses de leurs données ? Comment s’assurer de l’interopérabilité des solutions ? Comment développer la notion de patient-acteur alors que le professionnel de santé reste l’expert de sa discipline ? Comment développer des nouveaux modèles sans nourrir les inégalités d’accès au numérique ? Comment accompagner les professionnels de santé et les établissements de santé dans ces nouveaux parcours de soin ?

Ces questions sont au cœur des développements des innovations en e-santé et nourrissent les décideurs et les directeurs pour convenir de politiques de déploiement éthiques.

Vers une médecine 5p … 

        Déjà, on imagine l’approfondissement de la médecine 4P avec un cinquième pilier : la Preuve. Cela consiste, pour les professionnels de santé, à baser leur pratique clinique sur l’Evidence Base Pratice (EBP), c’est-à-dire les preuves médicales. Cette notion, qui peut paraitre évidente, est une véritable méthode de diagnostic et de prise en charge. L’objectif est que chaque acte médical (consultation, intervention…) ait une plus-value médicale réelle pour le patient. Et pour cette médecine, les apports du numérique ont déjà un enjeu central … 

Alors ouvrez grand les yeux, l’avenir est déjà là.