L’article de Lilas Bellocchi disponible sur le blog du MBA DMB, « Que lit la Gen Z ? Et pourquoi ? », explore avec justesse les tendances littéraires qui marquent cette génération hyper-connectée. L’analyse de la lecture de la Gen Z, porte des thématiques fortes telles que la santé mentale, les relations toxiques ou l’écologie, met en lumière une soif d’évasion, d’identification et de prise de conscience.
Cependant, si ces observations sont pertinentes et éclairantes, elles omettent parfois une nuance essentielle : celle de la diversité des parcours intellectuels au sein même de la génération Z. En réalité, cette jeune génération n’est pas un bloc homogène, et la manière dont elle interagit avec la lecture est plus complexe qu’il n’y paraît. Cet article propose d’apporter une réponse critique à ce phénomène de lecture de la Gen Z, en élargissant la perspective.
L’illusion d’une lecture uniforme
L’article initial se concentre sur des genres littéraires populaires chez la Gen Z, comme la romance « dark », les dystopies ou encore les ouvrages de développement personnel. Bien que ces livres captivent une large part des jeunes lecteurs, il est essentiel de souligner que la Gen Z n’est pas une entité monolithique. Les goûts littéraires et les préoccupations de cette génération varient considérablement, en fonction des contextes socio-économiques, des antécédents familiaux, des préoccupations personnelles et même des évolutions culturelles spécifiques à chaque pays ou région.
Les dangers d’une généralisation
L’article présente les œuvres de Colleen Hoover et Sarah J. Maas comme représentatives des lectures qui marquent la génération Z. Ces auteures, dont les romans abordent souvent des sujets comme des relations complexes ou l’oppression sociale, sont effectivement très populaires. Mais réduire les lectures de la Gen Z à ces auteurs à succès risque de sous-estimer une variété de nouvelles voix littéraires et des genres moins médiatisés.
Prenons l’exemple des jeunes lecteurs qui se tournent vers des œuvres de science-fiction classique ou des romans historiques. Ces genres sont loin de mourir dans la culture littéraire contemporaine et connaissent une petite renaissance parmi les jeunes lecteurs. De même, certains jeunes préfèrent des lectures philosophiques ou des œuvres littéraires plus classiques, loin de la portée de BookTok ou de Bookstagram. Ignorer cette diversité risque de donner une vision erronée de la manière dont les jeunes interagissent avec la littérature.
La recherche d’une identité collective : entre idéalisation et instrumentalisation
Une autre dimension importante que l’article souligne est l’attachement de la Gen Z à la quête d’identité et à l’engagement. En effet, les jeunes lecteurs sont souvent en quête de réponses sur eux-mêmes, sur leur place dans un monde complexe et en mutation. Cependant, cette recherche ne se fait pas nécessairement de manière idéale. Il serait naïf de penser que chaque membre de cette génération cherche seulement à se comprendre et à mieux s’accepter à travers les livres.
Il existe une instrumentalisation parfois des thématiques sociétales pour servir des objectifs marketing, qui véhiculent une image de la Gen Z comme étant exclusivement engagée et militante. La réalité est que, tout en étant une génération plus sensibilisée aux problématiques sociales, la Gen Z ne se motive pas juste par les causes. Nombre d’entre eux naviguent aussi dans des univers de divertissement plus légers et déconnectés des préoccupations sociales majeures, comme le prouve l’essor de genres comme la fantasy, qui, dans certains cas, reste avant tout une forme d’évasion.
Ainsi, l’idée selon laquelle tous les jeunes se reconnaissent dans des thématiques comme le féminisme ou les identités LGBTQIA+ mérite une nuance. Certains d’entre eux peuvent ne pas partager ces préoccupations, ou du moins ne pas les envisager de la même manière que d’autres. En outre, il faut aussi se rappeler que la jeunesse se nourrit de divers objets culturels, y compris ceux qui ne sont pas nécessairement porteurs de messages d’engagement.
L’ascension du microcosme littéraire sur les réseaux sociaux
L’article aborde aussi l’impact des réseaux sociaux sur la popularité des livres, notamment via des plateformes comme BookTok ou Bookstagram. Bien que ce phénomène soit indéniablement important et ait contribué à la vulgarisation de certaines œuvres, il ne faut pas oublier que les recommandations littéraires en ligne ne représentent qu’une facette de la consommation culturelle de la Gen Z.
En réalité, une portion significative de cette génération préfère encore se tourner vers des formats numériques plus accessibles, tels que les séries, les podcasts ou les vidéos explicatives, qui abordent les mêmes thématiques. Le monde de l’édition n’est plus l’unique réservoir de savoirs et de réflexions, et les livres, bien qu’ils conservent un rôle central, sont désormais un élément parmi d’autres d’un écosystème culturel plus large.
De plus, le format numérique, que prise largement la Gen Z, modifie les habitudes de lecture. L’e-book supplante le livre papier, bien qu’ayant une place de choix, ou encore les articles et les essais directement sur internet. La multiplication des formats et des supports ouvre de nouveaux horizons, mais souligne aussi un autre aspect de cette génération : elle ne porte pas uniquement de l’émotion brute ou l’introspection, mais un besoin constant de nouveauté et de multimodalité.
Une critique constructive de l’offre littéraire : vers un équilibre
Enfin, si les lectures de la Gen Z sont souvent une quête d’identité, un lien avec ses émotions ou un engagement social, il est possible de questionner l’offre littéraire . Les maisons d’édition, bien qu’elles aient largement pris en compte les attentes de cette jeune génération, continuent parfois à alimenter une production homogène où les thèmes abordés tournent essentiellement autour de la psychologie individuelle, de la quête amoureuse ou de la souffrance sociale. Or, les jeunes lecteurs pourraient aussi tirer profit d’une plus grande diversité de perspectives littéraires : des récits d’aventures, des récits philosophiques plus profonds, voire des essais plus théoriques, capables de nourrir une pensée critique.
En conclusion, la Gen Z n’est pas qu’une génération d’émotions fortes et d’engagement. Elle marque aussi une recherche d’ouverture intellectuelle et une quête de diversité culturelle. De l’utopie à la dystopie, de l’essai au roman de fiction, les jeunes lecteurs d’aujourd’hui méritent une offre qui reflète non seulement leurs préoccupations sociales, mais aussi leur soif de découvertes et de réflexion plus larges. Il est peut-être temps de réévaluer notre vision de cette génération, en reconnaissant sa pluralité, et de lui proposer des lectures qui ouvrent des portes vers des horizons encore inexplorés.
Pour en savoir plus sur les tendances littéraires actuelles de la Gen Z, consultez l’article original « Que lit la Gen Z ? Et pourquoi ? ». Ainsi que la note méthodologique de l’article.