La Blockchain et le secteur Pharmaceutique

La Blockchain et le secteur Pharmaceutique

Alors que la transformation numérique s’accélère dans presque tous les secteurs, l’industrie pharmaceutique se trouve à un carrefour stratégique. Confrontée à des défis croissants de traçabilité, de falsification de médicaments et de cybersécurité, elle est sommée de se réinventer pour regagner la confiance des professionnels et des patients. C’est dans ce contexte que j’ai choisi d’orienter mon mémoire MBA autour d’une question centrale : comment la blockchain peut-elle contribuer à sécuriser l’industrie pharmaceutique en garantissant la traçabilité des médicaments, leur authentification et la protection des données de santé ?

Un écosystème en tension : entre crises sanitaires, contrefaçon et numérisation accélérée

Un écosystème en tension : entre crises sanitaires, contrefaçon et numérisation accélérée

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les fragilités logistiques et la vulnérabilité des systèmes numériques face aux cyberattaques. Le secteur de la santé est aujourd’hui l’un des plus ciblés par les hackers, en raison de la sensibilité des données traitées (ANSSI, 2023).

En parallèle, la contrefaçon de médicaments reste un fléau mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé, un médicament sur dix serait falsifié dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (OMS). Un rapport de l’OCDE estime même le coût global de ce marché noir à 200 milliards de dollars par an (OCDE & EUIPO, 2020).

À cela s’ajoute la complexité réglementaire imposée par des cadres stricts comme le RGPD, la directive européenne sur les médicaments falsifiés (2011/62/UE) ou encore les exigences nationales de type ANSM, qui rendent la chaîne logistique encore plus sensible.

Ce que la blockchain peut concrètement apporter

Face à cette situation, la blockchain apparaît comme une technologie prometteuse. Basée sur un registre distribué, sécurisé et horodaté, elle permet de garantir une traçabilité complète et infalsifiable des opérations.

Dans le secteur pharmaceutique, cette technologie permettrait de documenter chaque étape du cycle de vie d’un médicament — de la production à la distribution — tout en assurant la transparence entre tous les acteurs de la chaîne. Elle pourrait également contribuer à la lutte contre la contrefaçon, grâce à l’authentification de chaque boîte via un identifiant unique ou un code QR, vérifiable par le professionnel ou le patient.

Pour les données de santé, la blockchain peut garantir l’intégrité des dossiers médicaux sans stocker directement les données, mais en en conservant une empreinte cryptographique. Ce système est déjà déployé à grande échelle en Estonie via la KSI Blockchain (e-Estonia).

Des initiatives déjà concrètes

Le projet MediLedger, aux États-Unis, réunit plusieurs géants de la pharma comme Pfizer et Gilead dans un consortium dédié à la traçabilité des médicaments par blockchain (MediLedger Project). En parallèle, IBM développe une infrastructure blockchain dédiée au secteur, basée sur Hyperledger Fabric (IBM Blockchain for Pharma).

En Europe, les initiatives restent plus prudentes en raison de la complexité réglementaire, mais certaines expérimentations sont en cours, notamment en Allemagne et en Italie pour le suivi des vaccins ou des essais cliniques (Deloitte Insights).

Ce que je découvre à travers mon travail de recherche

Ma méthodologie s’appuie sur une combinaison de revue de littérature, d’entretiens qualitatifs et d’une enquête quantitative en cours. Les premiers retours soulignent une curiosité certaine vis-à-vis de la blockchain, mais aussi une méconnaissance de ses usages concrets. De nombreux professionnels expriment un besoin d’accompagnement, de formation, et de preuves de retour sur investissement.

Cela confirme que l’adoption ne pourra pas être massive sans une phase intermédiaire de sensibilisation et de projets pilotes structurés.

La Blockchain et le secteur pharmaceutique

Une adoption progressive mais structurée

Plutôt que d’imaginer un basculement radical, il semble plus réaliste de viser une adoption ciblée sur certains segments prioritaires : traçabilité des médicaments sensibles (ex : vaccins), gestion des essais cliniques, ou encore contrôle qualité dans les chaînes logistiques internationales.

À moyen terme, il sera crucial d’harmoniser les standards entre laboratoires, grossistes et institutions. Cela pourrait passer par la création de consortiums européens ou nationaux, à l’image de MediLedger ou de la Digital Ledger Technology Sandbox européenne prévue par la Commission.

Une technologie qui interroge aussi notre rapport à la confiance

Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette réflexion, c’est que la blockchain oblige à repenser les logiques de pouvoir et de contrôle dans un écosystème. Elle pousse à sortir d’une culture du silo et de la centralisation pour aller vers une gouvernance plus distribuée, plus ouverte.

Dans un domaine aussi sensible que la santé, cette mutation est aussi culturelle que technique. Elle suppose un changement dans les mentalités : passer d’une logique de suspicion à une logique de preuve, de centralisation à une co-responsabilité entre les acteurs.

Une promesse qui mérite d’être structurée

À ce stade de ma thèse, il est encore trop tôt pour conclure de manière définitive. Mais une chose est claire : la blockchain n’est pas une solution miracle, mais un levier puissant pour répondre à des enjeux précis de traçabilité, d’authentification et de sécurité. Elle ne remplacera pas les outils existants, mais elle peut les compléter de manière stratégique, à condition d’être bien cadrée.

Ce travail me permet aussi de mieux comprendre les enjeux du secteur pharmaceutique et de développer une expertise croisée entre technologie, santé et réglementation. J’espère que mon mémoire, une fois finalisé, pourra nourrir les réflexions de ceux qui souhaitent moderniser en profondeur cette industrie vitale.

Cet article s’inscrit dans le cadre de ma thèse MBA DMB 2024-2025 :
Blockchain et secteur pharmaceutique : une réponse innovante aux défis de traçabilité, d’authentification et de cybersécurité.

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