Les jeunes et les dons : pourquoi le digital et le web3 peuvent tout changer
Article de thèse, emma Deshors: réinventer l’expérience du don associatif grâce au marketing digital et aux technologies Web3
Face à une jeunesse engagée mais méfiante, le digital et les technologies web3 redéfinissent les codes du don.
Transparence, interactivité et reconnaissance sont les clés pour mobiliser une nouvelle génération de donateurs.
Une jeunesse généreuse, mais en quête de sens
Contrairement aux idées reçues, les jeunes générations donnent. Et de plus en plus. L’étude annuelle de France Générosités publiée en mai 2024 révèle que 56 % des moins de 35 ans ont effectué un don en 2023, contre seulement 42 % en 2020. Cette progression de +14 points en trois ans marque une tendance nette : les jeunes veulent agir, mais à leur manière.
Voir l’étude : Baromètre de la générosité 2023 – France Générosités
Mais leur rapport au don diffère profondément de celui des générations précédentes. Ils recherchent des formes d’engagement incarnées, traçables et émotionnellement impliquantes. Pour 64 % d’entre eux, selon la même étude, l’impact réel de leur don est plus important que l’avantage fiscal qu’il procure. Ce n’est donc pas la carotte qui motive, mais la cause.
Les jeunes veulent comprendre où va leur argent, comment il est utilisé, et quel changement concret il permet de générer. Cette exigence de transparence et de proximité oblige les associations à revoir leurs stratégies de communication… et à s’approprier les outils du numérique.
Le pouvoir des réseaux sociaux dans la mobilisation
Les plateformes sociales sont devenues le nouvel espace public militant des jeunes. Qu’il s’agisse de justice climatique, de luttes féministes, de solidarité internationale ou d’engagement local, TikTok, Twitch et YouTube sont au cœur de l’action.
Sur TikTok, de nombreux créateurs mobilisent leur audience à travers des formats courts et percutants. Par exemple, la créatrice @marikigai utilise la plateforme pour parler de causes humanitaires, présenter des associations, et expliquer pourquoi et comment s’engager. TikTok permet aussi d’ajouter des stickers “soutien non lucratif”, rendant le don direct et accessible en un clic.
Sur Twitch, des événements comme le ZEvent ou plus récemment Streamers 4 Palestinians montrent la puissance de mobilisation de la génération streaming. Lors de ces événements, des communautés se rassemblent pour donner, commenter, débattre, et surtout faire du don une expérience collective, virale et festive.
Quant à YouTube, il joue un rôle plus pédagogique. On y trouve de plus en plus de contenus expliquant le fonctionnement du web3, des NFTs ou des DAO, permettant aux jeunes d’intégrer ces concepts dans leur manière de consommer la philanthropie.
Le web3 : vers une philanthropie transparente et interactive
Le web3, via la blockchain, les cryptomonnaies, les NFTs ou encore les DAOs, propose une nouvelle grammaire de la confiance. C’est exactement ce que recherchent les jeunes générations.
La blockchain permet une traçabilité complète : chaque euro donné peut être suivi en temps réel, avec une transparence radicale. Ce niveau de vérifiabilité est impossible dans les systèmes bancaires traditionnels. Il répond à une question essentielle que se posent les jeunes donateurs : “Est-ce que mon don a vraiment servi à quelque chose ?”
Les NFTs, eux, offrent une manière de matérialiser l’engagement. Offrir un NFT en remerciement d’un don, c’est reconnaître publiquement la générosité d’un individu. Cela peut être un badge de soutien, un visuel unique ou même un ticket d’entrée à une communauté. Certains projets vont plus loin, en intégrant une logique de gamification, avec des systèmes de points, de niveaux, ou de quêtes caritatives à accomplir.
Enfin, les DAO (organisations autonomes décentralisées) permettent aux donateurs de participer aux décisions de l’association, via des votes sécurisés. C’est une démocratisation du don, où chaque contribution donne aussi un pouvoir décisionnel.
Conclusion : une nouvelle ère pour la générosité
Si les jeunes ne donnent pas “comme avant”, c’est parce qu’ils refusent les vieilles mécaniques de l’appel à la charité passive. Ils veulent être acteurs, contributeurs, influenceurs du changement.
Les réseaux sociaux et les outils du web3 leur donnent cette possibilité : transformer un simple don en acte d’engagement, en geste communautaire, en signal fort.
Pour les associations, il ne s’agit plus seulement de communiquer, mais de co-construire des expériences, de redonner du pouvoir aux donateurs, et surtout de restaurer la confiance par la preuve, la transparence et l’interaction.
À l’avenir, la philanthropie ne sera pas qu’humaine. Elle sera aussi numérique, décentralisée, gamifiée et communautaire. Et ce sont les jeunes qui en écrivent déjà les premières lignes.