Interview : Alice Laloux, experte social média

Pour mon interview d’un.e expert.e du digital, j’ai choisi de rencontrer Alice, une ancienne collègue avec un parcours particulièrement riche dans le marketing digital, la gestion de communauté et la création de contenu.
Durant huit mois, j’ai eu l’occasion de l’observer au quotidien dans son travail pour Wyylde et NSF, deux marques aux univers bien distincts mais très engageants.
Wyylde est un réseau social axé sur la liberté sexuelle et les rencontres, avec une communauté exigeante et très active. NSF, quant à lui, est un compte Instagram rassemblant plus de 600 000 abonnés, connu pour ses histoires romantiques et sexuelles cocasses, envoyées anonymement par ses membres.
Travailler pour une marque sensible et encadrée comme Wyylde lui a permis de développer une expertise solide : stratégie social media, modération, créativité, compréhension des communautés et gestion de contenus à risque.
Aujourd’hui, Alice poursuit son évolution dans un tout nouveau secteur, tout en continuant d’explorer les possibilités infinies du digital.
Introduction & Parcours
Peux-tu te présenter et retracer ton parcours ?
J’ai commencé par un BTS Management des Unités Commerciales, puis j’ai enchaîné avec une licence professionnelle en marketing en alternance, où j’ai découvert le métier d’assistante marketing. Naturellement, j’ai poursuivi avec un master en marketing digital, toujours en alternance, cette fois dans un groupe hôtelier où je gérais les réseaux sociaux de plusieurs établissements.
Ensuite, j’ai pris une année de césure en Australie. À mon retour, j’ai travaillé en agence comme community manager pour des marques de sport et de food, puis dans une autre agence où je suis devenue social media manager. Là, je suis passée d’un rôle opérationnel à un rôle plus stratégique.
Après l’agence, j’ai voulu rejoindre un annonceur : les rythmes d’agence étaient très intenses, avec beaucoup de clients à gérer en simultané. C’est durant ma période de recherche que j’ai finalement décroché mon job de rêve chez Wyylde.
Qu’est-ce qui t’a attirée chez Wyylde et dans cet univers ?
Ils cherchaient quelqu’un ayant un intérêt pour les sujets liés à la sexualité. C’est un domaine qui me passionnait déjà, autant dans ses enjeux sociologiques que dans ses aspects éducatifs. J’ai passé un cas pratique examiné par la directrice marketing, et j’ai été recrutée comme social media manager.
Ce que j’ai adoré, c’est la liberté créative : j’étais autonome, on me faisait confiance, et je travaillais en binôme avec Hugo, le designer. J’avais enfin le temps de créer et de réfléchir.
Tes missions chez Wyylde et NSF
Quelles étaient tes missions principales ?
Pour Wyylde et NSF, je créais les calendriers éditoriaux, les contenus, et j’analysais leurs performances. J’ai entièrement refait la stratégie de contenu avec des piliers éditoriaux, et j’ai développé une stratégie d’influence.
Un des projets les plus importants était la création du podcast : j’ai eu un rôle de productrice, en trouvant les invités, organisant les tournages et validant les montages.
Comment gérais-tu les deux communautés ?
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NSF : une communauté jeune, fun et avide de conseils ; les anecdotes marchaient très bien.
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Wyylde : une communauté experte ou curieuse, très engagée (12–14 % d’engagement, alors que la moyenne du marché tourne autour de 2 %). Les échanges entre membres étaient nombreux et très riches.
L’enjeu était de parler de sexualité sans se faire « striker » par Instagram. Il fallait trouver des angles subtils, des mots détournés, et jouer avec les limites.
Développement de compétences
Qu’as-tu développé comme compétences chez Wyylde ?
J’ai renforcé ma capacité à créer une stratégie de contenu solide, avec 3 posts par semaine et 1 story par jour. J’ai appris la gestion de projet, car je ne gérais pas seulement les réseaux mais aussi une communauté très demandeuse.
Cela a aussi changé ma vision du libertinage en cassant les clichés que je pouvais avoir.
Le funnel de conversion chez Wyylde
Comment as-tu appris à lier stratégie social media et business ?
On me demandait systématiquement comment mes actions nourrissaient le funnel de conversion (awareness → engagement → abonnement → loyauté → rétention).
Je créais des contenus adaptés à chaque étape : des épisodes de podcast pour la notoriété, d’autres pour la fidélisation.
Même si les réseaux sociaux ne sont pas directement monétisables, ils servent à construire la notoriété et l’affect autour de la marque. Le podcast, par exemple, a permis d’attirer plus de femmes sur la plateforme : un objectif clé de la marque.
J’ai aussi touché à la partie commerciale en organisant des partenariats, concours, calendriers de l’avent, etc.
Instagram, restrictions et créativité
Comment as-tu géré l’évolution des restrictions sur Instagram ?
Quand je suis arrivée, on pouvait encore évoquer des pratiques sexuelles. Un an et demi plus tard, beaucoup de mots étaient bannis, et notre compte a été supprimé en février 2025.
J’ai donc rendu notre ton plus “vanille”, tout en gardant des sous-entendus compréhensibles par la communauté sexo. Un vrai langage commun s’est créé.
Pour contourner les limites, on a renforcé la communication sur le site Wyylde, où l’on pouvait être plus explicites. Instagram devenait une porte d’entrée ; le site, l’espace d’expression libre.
Comment se déroulait ton processus créatif ?
J’ai créé un brainstorming mensuel : “Mercredi Inspi”, où toute l’équipe pouvait proposer des idées.
Je m’inspirais beaucoup de comptes sexo, et j’utilisais ChatGPT pour le wording, que je vérifiais toujours. Je créais un contenu « soft » pour Instagram, puis une version plus « hot » pour le site Wyylde.
Le podcast : idéation et objectifs
Comment est né le podcast ?
On a collaboré avec une agence pour les moyens techniques. Après deux sessions de brainstorming, on a décidé de faire une thématique par mois, avec deux wyylders qui témoignaient. Le premier épisode portait sur les fantasmes, puis les suivants sur différentes pratiques.
Penses-tu que l’avenir du contenu va vers plus d’éducation ?
Instagram reste le canal principal des marques, mais il faut y entrer par du contenu éducatif et doux.
La plateforme Wyylde, elle, permet d’aller plus loin. On doit s’adapter aux règles de chaque plateforme et à la maturité de la communauté.
Conseils pour un futur social media manager
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Accepter les risques lorsqu’on travaille pour une marque sensible : chaque publication peut provoquer un bannissement.
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Redoubler de créativité.
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Être extrêmement à l’écoute de sa communauté.
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Tester différents formats :
Les carrousels éducatifs fonctionnaient très bien
L’humour potache plaisait énormément
Pour NSF, les anecdotes un peu “trash” avaient le plus d’engagement
Côté modération, je recevais presque uniquement des retours positifs et des DM de personnes demandant des conseils.
Merci à Alice pour son partage d’expérience riche et inspirant. Son parcours montre à quel point le métier de social media manager demande de la créativité, de l’adaptation et une compréhension fine des communautés. Aujourd’hui installée à Toulouse comme community manager pour le groupe immobilier Safety, elle continue d’explorer la création de contenu sous toutes ses formes : tournage, montage, gestion globale des réseaux.
Vous pouvez retrouver Alice sur Linkedin :