Identité numérique par biométrie : le pari de Sam Altman

par | Avr 4, 2025 | Actualité

Il ressemble à une sphère d’acier sortie d’un film de science-fiction. Posé sur une table blanche, l’Orb observe. Il ne juge pas. Il scanne. En quelques secondes, il capte les motifs uniques de votre iris, les transforme en données cryptographiques, puis les encode dans une identité numérique unique. C’est ainsi que le projet Worldcoin, porté par Sam Altman, entend bâtir une identité numérique par biométrie à l’échelle mondiale. Une réponse radicale à un défi contemporain : comment prouver que l’on est bien humain, à l’heure où l’intelligence artificielle peut tout imiter – même nous ?

Le pari de l’humanité vérifiée

Sam Altman n’en est pas à son premier projet disruptif. Mais avec Worldcoin, il va bien au-delà du digital. Il souhaite poser les bases d’une identité biométrique mondiale, non gouvernementale, décentralisée, et infalsifiable.

Concrètement, l’idée est simple, presque inquiétante de simplicité : en scannant l’iris de chaque personne volontaire, on génère un identifiant numérique unique, le World ID, que l’on peut utiliser pour se connecter, voter, acheter, ou simplement prouver que l’on est bien… humain.

Un geste anodin – regarder dans une sphère – pour une promesse ambitieuse : résister aux deepfakes, aux bots et à la désinformation, dans un monde où les intelligences artificielles deviennent chaque jour plus convaincantes.

Derrière la lumière froide de l’Orb

L’Orb n’est pas seulement un outil technologique. Il est le symbole d’un changement de paradigme.

Chaque appareil déjà déployé dans 35 pays contient une technologie capable de capturer et de chiffrer une image de l’iris sans jamais la conserver. Seul reste un “iris code”, une empreinte mathématique impossible à répliquer. C’est ce code qui devient votre passeport vers le Web de demain.

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. En récompensant chaque nouvel utilisateur avec des tokens WLD, Worldcoin entend stimuler une économie autour de l’identité, tout en jetant les bases d’un futur possible : celui d’un revenu universel distribué grâce à la blockchain.

Une expansion sous haute surveillance

En mai 2025, Worldcoin s’est officiellement lancé aux États-Unis, après avoir conquis une partie de l’Amérique du Sud, de l’Asie et de l’Afrique. Austin, San Francisco, Miami ou encore Los Angeles accueillent désormais les premiers “centres Orb”, parfois comparés à des Apple Store de l’identité numérique.

12 millions d’utilisateurs dans le monde, 7 500 Orbs prévus d’ici fin 2025, des partenariats avec Visa, Stripe ou Match Group… Le projet avance vite. Peut-être trop vite pour certains.

Des critiques émergent, particulièrement en Europe. L’Allemagne et l’Espagne ont suspendu temporairement les opérations de Worldcoin, invoquant des doutes sur la conformité au RGPD, la transparence des usages et la protection des données sensibles.

En France, le débat s’ouvre à peine. Si l’Orb débarquait demain à Paris, la CNIL serait probablement sur le pas de la porte.

L’utopie et ses zones d’ombre

L’idée de base a de quoi séduire. À l’heure où les CAPTCHA sont devenus risibles et les bots omniprésents, une preuve d’humanité universelle semble presque inévitable. Et pourtant…

Les enjeux éthiques et sociétaux posés par Worldcoin sont vertigineux. Peut-on vraiment déléguer une partie de notre identité à une entreprise privée, même promettant transparence et open source ? Un iris est une donnée que l’on ne peut pas changer. Que se passerait-il si un jour ces données venaient à fuiter ? Ou pire, à être utilisées à des fins de surveillance ?

Dans un monde encore marqué par les excès des GAFAM, le spectre du “Big Brother biométrique” plane.

L’identité post-numérique

Ce que Worldcoin révèle, en filigrane, c’est un vide juridique et philosophique : à qui appartient l’identité numérique ? Comment définit-on un humain dans un espace saturé d’algorithmes capables d’imiter nos comportements, nos voix, nos visages ?

Sam Altman propose une solution radicale, presque transhumaniste : faire du corps le dernier rempart face à l’intelligence artificielle. C’est une idée puissante, presque poétique mais qui demande des garanties, une gouvernance éthique, et surtout, le consentement éclairé de ceux qu’elle touche.

Car l’alternative existe. Des chercheurs travaillent sur des modèles d’authentification distribués, non biométriques, basés sur les interactions humaines, les preuves sociales, la complexité comportementale.

Worldcoin, lui, a fait un autre choix : celui de l’iris comme preuve suprême.

Le verdict n’est pas encore rendu

Worldcoin n’a pas encore gagné. Sa technologie fonctionne, ses ambitions sont claires, mais sa légitimité reste à construire. La confiance ne se décrète pas : elle se gagne.

Et si l’iris devenait un jour le mot de passe de l’humanité, alors il faudra que la promesse d’Altman soit tenue jusqu’au bout : un monde plus sûr, plus juste, plus inclusif. Sans surveillance, sans dérive. Et surtout, sans oublier ce qui fait de nous des humains : notre libre arbitre.

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