IA et Musique : Et si le « vol » des droits d’auteurs était en fait le futur du business model musical ?
Alors que l’inquiétude grandit autour du droit d’auteur et des deepfakes musicaux comme le souligne le récent article L’IA dans la musique : la violation invisibilisée du droit d’auteur de laura.dutilleul, une autre réalité fait son apparition. Et si, au lieu de se focaliser sur la violation du droit d’auteur comme une malédiction , les artistes utilisaient l’IA comme une nouvelle source de revenus ?
J’ai lu avec attention l’analyse de l’article sur les dangers des violations, des droits d’auteur. Le constat est réel : le cadre juridique est en retard, et les différents titres mis en avant comme « Heart on My Sleeve (le faux featuring Drake/The Weeknd) ou NostalgIA de Bad Bunny continuent d’être des sujets sensible dans l’industrie musicale.
Cependant, il ne faut pas rester bloqué dans une position défensive, car il ne faut pas ignorer que la musique a toujours évolué avec la technologique. Par exemple le sample était considérer comme du « vol » avant de devenir un art. L’autotune elle était de la « triche » avant de devenir un style. Aujourd’hui, l’IA générative n’est pas seulement une menace pour les créateurs mais c’est aussi leur prochaine opportunité commerciale.
Pour appuyer mon point de vue, voici quelques illustration de cas concrets :
01. Le modèle Grimes
L’exemple le plus frappant va être celui de l’artiste Grimes qui est une musicienne, auteure-compositrice-interprète canadienne. Alors que beaucoup de personne envoyaient des mises en demeure pour supprimer les voix clones, Grimes elle a fait l’inverse. En 2023, elle a lancé Elf.tech, un logiciel permettant à n’importe qui d’utiliser sa voix pour créer des chansons.
Si vous sortez un tube avec sa voix IA, elle prend 50%, comme ci c’était pour un featuring classique. Donc au lieu de devoir entamer des procès coûteux et interminables contre de nombreuses personnes, elle a préféré transformé chaque utilisateur de l’IA en collaborateur potentiel en urbanisant sa propre voix.
L’article original pointe la peur du remplacement. Cependant regardons le cas de « Now and Then », la « dernière » chanson des Beatles sortie fin 2023. Sans l’IA qui a été développée par l’équipe de Peter Jackson réalisateur, producteur et scénariste néo-zélandais , ce titre n’aurait jamais existé. La technologie n’a pas « inventé » la voix de John Lennon mais elle a permis de l’extraire proprement d’une vieille démo sur cassette inaudible.
Ce qui montre qu’ici l’IA ne vole pas l’artiste, elle le refait vivre pour permettre aux survivants de finir les œuvres. Ca nous monte que l’IA n’est pas qu’une machine à plagier.
02. Les Beatles
03. YouTube Dream Track
L’industrie bouge et plutôt que d’attendre une loi mondiale , les géants eux créent leurs propres règles.
YouTube a lancé Dream Track, une expérimentation en partenariat avec des artistes comme Charli XCX, John Legend ou Sia. L’idée de Dream Track est d’ autoriser officiellement des créateurs à utiliser des voix clones générées par l’IA de Google pour leurs Shorts sur youtube.
C’est la preuve ici que la licence va prendre le dessus et va devenir une option gagnante pour les artistes et créateurs. Demain, un artiste ne vendra plus seulement des disques ou des places de concert. Il vendra des « licences » ou des « packs de voix » à ses fans pour qu’ils créent du contenu.
Il faut citer Holly Herndon artiste et compositrice américaine, qui a créé « Holly+ », son jumeau numérique. Elle utilise une DAO (une organisation décentralisée sur la blockchain) pour gérer les droits de sa voix. C’est a dire que si des gens créent avec sa voix IA, la communauté devra voter pour qu’ensuite les profits soient partagés. Holly nous montre qu’elle ne subit pas la technologie mais la possède.
04. Holly Herndon
Pour conclure
Le droit d’auteur est vital pour chaque créateurs et artistes, c’est indéniable pour les protéger.
Mais pour l’artiste lui-même, la peur est mauvaise conseillère. Ceux qui essaient de « tuer » la technologie perdront. Cependant ceux qui, comme Grimes ou Holly Herndon construisent les modèles économiques de demain, où l’artiste est rémunéré pour son « ADN numérique » seront les grands gagnants.
Ne voyons pas l’IA seulement comme un voleur de talent mais comme un amplificateur d’influence.
Par Tatiana Pires
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