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Depuis mai 2025, une étude du MIT Media Lab fait couler beaucoup d’encre. Dirigée par la chercheuse Nataliya Kosmyna, cette recherche analyse l’impact sur le cerveau de l’usage intensif de ChatGPT et notamment sur l’évolution des capacités cognitives humaines.

Conduite sur 54 étudiants et jeunes adultes pendant quatre mois, l’étude répartit les participants en trois groupes :

  • rédaction sans aide,
  • avec un moteur de recherche,
  • et avec ChatGPT.

Les résultats sont préoccupants à première vue :

  • baisse de la connectivité neuronale,
  • diminution de la mémoire immédiate,
  • perte de motivation créative,
  • et un effet partiellement réversible pour ceux qui revenaient à une rédaction autonome.

Toutefois, cette étude, encore au stade de preprint (c’est-à-dire non relue par les pairs), doit être lue avec précaution. Comme le rappellent plusieurs articles, notamment dans Le Grand Continent, Le Monde ou Sciences et Avenir, la taille de l’échantillon est limitée, les biais potentiels possibles et l’interprétation des données est encore sujette à discussion.

Dans le dialogue Phèdre, Platon fait dire à Socrate que l’écriture détruira la mémoire : une fois que l’on notera tout sur un support, on n’apprendra plus rien par cœur. Ce type de peur, très ancien, se reproduit à chaque révolution technologique.

Comme le rappelle le neuroscientifique Albert Moukheiber lors de son intervention sur « L’IA détruit notre cerveau ? » dans le Futurologue podcast « Ce n’est pas quelque chose de nouveau, ce truc de : si on externalise une partie de notre cognition, notre cerveau devient plus bête.

Il rappelle que la calculette fait mieux que l’humain en calcul, sans pour autant avoir rendus les humains inaptes aux mathématiques. L’externalisation de certaines compétences permet surtout d’accélérer les tâches et de libérer de l’énergie cognitive pour d’autres activités.

Photo de Albert Moukheiber

Albert Moukheiber cite également Von Neumann, enthousiasmé par le fait que les machines puissent effectuer des opérations auparavant réparties entre dizaines d’humains. L’exemple des premiers ordinateurs montre que la technologie, bien utilisée, est avant tout un levier de productivité et non un substitut dangereux à l’intelligence.

De l’imprimerie à la radio, de la télévision à Internet, jusqu’aux réseaux sociaux, chaque outil nouveau suscite les mêmes craintes : perte de capacités cognitives, isolement, passivité… Et aujourd’hui, l’IA serait accusée de nous rendre « moins intelligents ».

Le cerveau humain est plastique. Il évolue avec ses usages. Les zones activées hier ne sont pas celles d’aujourd’hui, et cela ne signifie pas pour autant un déclin. L’adaptation est au cœur de notre intelligence.

Photo de Salamé Saqué assise

Comme souvent, ces critiques prennent de l’ampleur lorsqu’elles touchent aux jeunes générations, souvent perçues comme paresseuses, pas assez engagées, trop individualistes, trop dépendantes de la techhnologie. Cette critique systématique, est analysée avec finesse par Salomé Saqué dans son ouvrage “Sois jeune et tais-toi”. Elle y défend une jeunesse bien plus conscient, informée et concernée qu’on ne le croit.

“La jeunesse n’a jamais été à la hauteur des attentes des adultes, surtout quand ces attentes sont figées dans le passé.” – Salomé Saqué

L’étude du MIT ne doit pas être balayée, mais analysée avec recul. Le véritable enjeu n’est pas de savoir si l’IA remplace notre intelligence, mais comment nous choisissons de l’utiliser.

Les IA sont des outils. Il ne s’agit donc pas de rejeter l’IA eu égard à ses potentiels effets sur le cerveau, mais de modérer son usage et d’en faire un outil d’accompagnement, et non de remplacement. :

  • Un usage passif – demander à ChatGPT d’écrire sans réfléchir – affaiblit effectivement notre capacité à créer ou à raisonner.
  • Un usage intelligent – savoir questionner, recadrer, croiser les sources, remettre en question, exercer son esprit critique, compléter l’information et décider par soi-même – peut au contraire stimuler notre curiosité, notre esprit critique, voire notre capacité à structurer nos idées.

Au-delà de l’ effort de formation nécessaire, une réflexion politique plus large est indispensable. Comme le rappelle encore Albert Moukheiber, on a souvent tendance à tout miser sur l’éducation, oubliant qu’elle ne peut à elle seule corriger des déséquilibres systémiques. Miser uniquement sur l’enseignement revient parfois à reporter la responsabilité sur l’individu, en invisibilisant les logiques industrielles, les incitations à la surconsommation technologique, ou les rapports de force structurels.

Former à l’IA, oui. Mais sans oublier de réguler les pratiques des grandes plateformes, de responsabiliser les producteurs d’outils, et d’agir à la source des modèles techniques qui s’imposent.

L’étude du MIT alimente un débat utile. Mais elle ne doit pas devenir un prétexte à la peur ou au rejet. Au contraire, elle rappelle l’importance de maîtriser nos outils, d’exercer notre esprit critique, et de ne pas déléguer ce qui fait notre intelligence humaine : notre capacité à apprendre, à douter, à créer. Il faut également y lire un appel à mieux comprendre, mieux utiliser l’IA, mieux encadrer légalement. En Europe, l’IA Act est un début de cadre législatif.

Le cerveau humain ne cesse de s’adapter. Les outils technologiques doivent être pensés comme des prolongements de notre intelligence, non comme ses substituts. Cela suppose une vigilance collective, une responsabilité politique, et un apprentissage permanent.

Dans un monde où l’accès à l’IA va se banaliser, il nous revient de construire des compétences critiques, de faire des choix d’usage éclairés, et de refuser les simplifications binaires : ni technophobie, ni technophilie aveugle.


Pour en savoir plus

https://blog.mbadmb.com/lia-act-comprendre-la-regulation-de-lintelligence-artificielle-en-europe/– Blog MBA DMB

https://blog.mbadmb.com/141572-2/ – Blog MBA DMB

Sources :

  • Le Futurologue podcast – L’IA détruit notre cerveau ? – ici
  • Le Monde – L’utilisation de ChatGPT aurait des conséquences sur le fonctionnement cérébral, selon une étude du MIT – ici
  • Le Grand Continent – ChatGPT est-il en train de casser le cerveau humain ? 5 points sur le preprint du MIT sur les effets de l’IA – ici
  • Radio France – L’usage de ChatGPT nous rend-il plus bête ? ici
  • Sciences & Avenir – Pourquoi ChatGPT pourrait nuire à notre cerveau – ici
  • Salomé Saqué – Sois Jeune et tais-toi – ici

Auteurs : Stéphanie Rouchon, ChatGPT40, Perplexity IA

Note méthodologique ici



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