Entretien avec Florent Mégret, fondateur & CEO de l’agence IT lilloise Anetmo

Florent Mégret, lillois originaire de Calais, dirige sa propre agence IT située à Hems : Anetmo, spécialisée dans le développement informatique.
Cette jeune start-up, fondée en 2021 par trois associés dont Florent, offre un éventail complet de compétences et de services, aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers : développement sur mesure de logiciels, création personnalisée de sites web, aide au référencement naturel (SEO), création de contenu digital (graphic design, brand design, montage de vidéos), campagnes d’e-mailing, campagnes publicitaires sponsorisées…
Devenue rentable seulement un an et demi après sa création, Anetmo travaille aujourd’hui avec une trentaine de clients et compte bien poursuivre ses objectifs de rentabilité et de rétention.
Florent nous partage sa vision et ses ambitions pour l’entreprise, mais surtout son histoire au travers de cet échange.
Retour sur son parcours, les défis auxquels il a fait face et les enseignements qu’il en a tirés.

Commençons par parler de vous : où avez-vous grandi, où avez-vous fait vos études, quel était votre tout premier job?

J’ai passé toute mon enfance à Calais (62), où j’ai grandi avec mes frères et mes parents, une famille de classe moyenne. J’ai obtenu un bac S et je suis ensuite parti à Lille à mes 18 ans pour suivre une licence en économie et finance à l’Université Catholique. Voyant que ça ne m’intéressait pas et que je ne souhaitais pas devenir banquier ou comptable, j’ai décidé de me réorienter vers un BTS commercial en Négociation et Relations clients (NRC).
C’est là que j’ai trouvé ma voie ; et j’ai donc choisi de poursuivre mes études après ce BTS jusqu’à l’obtention d’un Master (Bac+5), en alternance chez R2S, une PME proposant des rideaux et des stores. C’est chez R2S que j’ai énormément appris, car tout était à faire et à créer au niveau de la stratégie digitale : le site web, la stratégie SEO, la stratégie marketing & commerciale… J’avais un poste assez polyvalent. Cette alternance a duré 2 ans et j’y ai gagné beaucoup en compétences et en connaissances.
Après avoir été diplômé, je suis resté en CDI chez R2S pour me spécialiser en E-Commerce, et je me suis rendu compte que c’était ma vocation. L’immédiateté et la réactivité du E-Commerce, la prise de risque, le fait que les résultats soient concrets et mesurables rapidement… C’est tout ce que j’aimais !

Quel a été le déclic pour vous lancer dans l’aventure entrepreneuriale? Avez-vous toujours eu l’âme d’un entrepreneur?

Je suis resté 8 ans chez R2S, où j’ai fini par devenir Manager d’une trentaine d’employés. C’est suite à cette expérience de Manager que j’ai pris goût à la gestion de ressources et de projets complexes.
Le déclic pour me lancer dans l’entrepreneuriat a été la crise sanitaire : j’ai réalisé que le salariat ne m’enthousiasmait plus et j’avais envie d’autre chose, de créer et de gérer un projet par moi-même. Je ne voulais pas rester “prisonnier d’un emploi classique”, même bien payé.
J’ai toujours eu l’esprit entrepreneurial, mais l’envie de monter ma société a réellement émergé pendant la pandémie.

Décrivez-moi votre parcours entrepreneurial, depuis la conception du projet jusqu’à sa concrétisation : comment est née Anetmo?

J’ai quitté R2S, suivi par deux collègues avec lesquels je me suis associé, et ensemble nous avons fondé Anetmo en janvier 2021, cinq mois après avoir eu l’idée.
Nous sommes passés par la BGE Hauts-de-France, un organisme d’appui aux jeunes entrepreneurs, qui nous a accompagné et nous a aidé à : choisir notre statut d’entreprise, créer notre structure juridique, et trouver un comptable pour s’occuper de la gestion financière.
Nous nous sommes lancés à l’aveugle sans business plan, ni sans expérience entrepreneuriale au préalable. C’était un pari risqué, mais qui a finalement porté ses fruits puisqu’après 18 mois, l’entreprise était suffisamment rentable pour que l’on embauche notre premier alternant !

Quels ont été les plus gros obstacles à surmonter en tant qu’entrepreneur? Comment cela vous a fait grandir en tant qu’individu et en tant que CEO? A l’inverse, qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d’être entrepreneur?

L’obstacle principal, qui est d’ailleurs toujours d’actualité, a été la gestion administrative. C’est très chronophage et complexe, avec des interlocuteurs pas toujours clairs et qui apportent plus de la confusion qu’autre chose. C’est un obstacle quotidien qui empêche parfois d’avancer sur l’activité principale de l’entreprise. Toutefois, ça m’a permis en retour d’être plus organisé, et donc d’apparaître plus professionnel aux yeux des clients.
Ce qui me plaît le plus dans le fait d’être entrepreneur, c’est de “vendre un savoir-faire” ; c’est de “varier les plaisirs” en travaillant sur une multitude de projets différents ; c’est d’être confronté à la découverte et à la nouveauté en permanence ; c’est de pouvoir tester et échouer afin d’apprendre et de s’améliorer ; c’est d’être son propre patron et d’avoir plus de flexibilité et de liberté.

Avez-vous de grandes réussites à nous partager? Avez-vous de nouvelles ambitions pour Anetmo dans un futur proche?

Je n’ai pas vraiment de “success story” à l’américaine à raconter, je pense que l’entreprise est encore un peu jeune pour parler de véritable réussite. Certes, après 3 ans d’activité, Anetmo compte maintenant une trentaine de clients par an, mais je pense qu’on peut toujours mieux faire et grandir.
J’ai pour ambition de rendre Anetmo plus efficace, afin de pouvoir gérer encore plus de projets, et donc de faire grossir le chiffre d’affaires de l’entreprise (objectif de rentabilité). J’ai également un objectif de rétention, via la fidélisation des clients déjà acquis.

En tant que CEO et acteur du digital, quels sont selon vous les prochains défis à relever pour Anetmo, en prenant en compte l’évolution constante du marché du digital? Y a-t-il des changements que vous attendez avec impatience, ou au contraire que vous redoutez?

Je ne suis pas vraiment de nature inquiète, je ne me méfie pas de la concurrence ou des changements à venir dans le monde du digital. Au contraire, je suis assez curieux de voir comment le marché va évoluer, notamment avec l’ordinateur quantique et l’IA. J’attends l’ordinateur quantique avec impatience !
C’est un système technologique avec une vitesse et puissance de calcul décuplées, qui va grandement nous faciliter la vie.

Puisque vous mentionnez l’IA, parlons-en rapidement. Est-ce que vous utilisez régulièrement l’IA au travail? Etes-vous enthousiaste face à l’évolution rapide de l’IA, ou plutôt sceptique?

Si on parle d’algorithme qui apprend par lui-même, oui bien sûr, tous les jours, mais si on parle de ChatGPT, sans plus. Cela dit, c’est déjà arrivé au travail de temps en temps de recourir à l’IA pour la rédaction de texte, la génération d’images personnalisées… Je ne pense pas que l’IA va nous remplacer ni effectuer le travail à notre place, elle va surtout nous assister. Par exemple, on a des caisses automatiques en supermarché, mais il y a toujours des caissiers aussi. On aura toujours besoin d’interlocuteurs humains en fin de compte. L’IA ne m’inquiète pas du tout, je trouve ça très fun. Cela dit, c’est indéniable que l’IA prendra le relais sur de nombreux métiers, comme les Content Writers. L’innovation a toujours ses bons et mauvais côtés.

Pour conclure cet échange, quels conseils donneriez-vous à de jeunes entrepreneurs? Y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé savoir avant d’entamer votre parcours entrepreneurial?

Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, ça peut être vite décourageant quand on n’est pas prêt à l’échec et quand on s’imagine qu’on va vivre une « success story » comme d’autres. Je pense que quand on est entrepreneur, il faut être préparé à vivre de nombreux échecs. Tant pis, il faut se relever après, et trouver des alternatives pour atteindre les objectifs fixés.
Pour ce qui est de l’équilibre vie pro / vie perso, c’est plus simple de se fixer des limites quand on est entrepreneur : on n’a pas de compte à rendre à un supérieur hiérarchique ni « d’autorisations à lui demander ». On travaille peut-être plus, mais c’est aussi plus facile de s’adapter et de moduler son emploi du temps. Et le temps de travail ne pèse pas sur notre mental car on aime ce qu’on fait et on ne voit pas le temps passer. C’est du stress bien évidemment, mais qui n’a pas autant d’impact négatif sur le quotidien et sur notre état d’esprit que lorsqu’on est salarié et qu’un patron nous appelle le weekend.
Je ne pense pas qu’être entrepreneur nuise à ma vie de famille : j’emmène mon fils à l’école le matin, je joue avec lui le soir, bref je peux être présent !

Le mot de la fin : L’entrepreneuriat, c’est comme la vie. Il y a des personnes qui vont réussir plus vite car plus favorisées, et d’autres qui vont « galérer » avec moins de moyens. Il y a des entreprises qui vont être rentables en 5 mois et d’autres en 5 ans, chacun son rythme. Le tout c’est de rester motivé et de ne pas avoir honte, de surmonter ses peurs !

My-Linh THIEU