Création de contenu et IA : comment les community manager redéfinissent leur métier ?

 

Comment l’IA transforme la création de contenu sur les réseaux sociaux

La création de contenu s’impose aujourd’hui comme un pilier des stratégies digitales. Pourtant, produire régulièrement des contenus engageants, visibles et cohérents reste un défi majeur. Les community managers se trouvent en première ligne.

Dans ce contexte, j’ai rencontré Camille Roussel, community manager et créatrice de contenu freelance. Elle accompagne des marques de lifestyle, food et des entrepreneurs sur Instagram, Facebook, LinkedIn et Tiktok. Son objectif est clair : créer des contenus performants sans perdre l’identité des marques, tout en intégrant l’intelligence artificielle de manière maîtrisée.

Travaillant déjà avec des freelances pendant mon alternance, l’enjeu de cet entretien était d’une part, comprendre comment ces outils transforment concrètement le métier. Et d’autre part, identifier les usages réellement utiles de l’intégration de l’IA.

Un métier créatif et stratégique qui demande de la rigueur

Hello Camille, peux-tu d’abord me décrire ton parcours et ce qui t’as poussée à devenir community manager et créatrice de contenu?

« J’ai commencé par une licence en histoire de l’art puis je me suis orientée vers un master en communication digitale. Lors de mon stage, j’ai eu la chance de travailler en agence spécialisée en réseaux sociaux et gérer la présence en ligne de plusieurs marques. J’ai beaucoup apprécié le fait que les réseaux soient une sorte de vitrine de storytelling de la marque, souvent plus que le site

Une créative aguerrie, Camille apprécie également la dimension stratégique du métier. 

«Il faut comprendre les mécaniques de fonctionnement de chaque réseaux, les formats, l’algorithme qui change, les tendances émergentes mais aussi le tone of voice de chaque marque. En tant que community manager, on est souvent le premier contact du client avec la marque, donc il faut établir une stratégie qui dure dans le temps».

Humain vs IA :  quels enjeux pour le créateur de contenu?

Comment l’IA a impacté ton métier et ta manière de travailler? 

« Pour être honnête, l’IA a radicalement changé la manière dont je travaille aujourd’hui. Elle m’a surtout permis de reprendre le contrôle sur mon temps. Je dirais que j’ai divisé mon temps de rédaction par 2. Aujourd’hui, je peux me concentrer davantage sur la stratégie et la créativité. »

Concrètement, Camille utilise ces outils dès la phase de brainstorming. Ils l’aident à explorer des angles, tester des accroches et structurer des idées avant de produire.

« Quand je démarre un calendrier éditorial, je m’en sers pour générer des pistes de sujets ou des variations de formats. Ça me permet d’élargir la réflexion sans m’enfermer dans une seule idée. »

Ces outils interviennent ensuite sur des contenus variés : légendes de posts, scripts de vidéos courtes, carrousels pédagogiques ou articles LinkedIn. Ainsi, sa rédaction devient plus fluide. Camille souligne aussi l’intérêt pour la traduction de contenus multilingues. Adapter un message en anglais ou en espagnol devient plus rapide, tout en respectant le ton de la marque.

« Le vrai gain, ce n’est pas juste la vitesse, on a aussi moins le syndrôme de la page blanche. Par contre, il faut prendre en compte le fait que si moi je sais le faire, mon voisin aussi. Donc c’est ta plume qui fait la différence, et je dirais aussi ton utilisation des émojis (rires). C’est super facile de reconnaître un contenu rédigé à 100% par l’IA et souvent c’est pas stimulant à lire.  »

Quels conseils pour la rédaction à l’ère de l’IA? 

Comment l’IA a impacté ton métier et ta manière de travailler? 

Aujourd’hui, Camille utilise des GPT personnalisés pour répondre à un enjeu central de son métier.  Ces GPT sont entraînés à partir de matériels existants : chartes éditoriales, contenus déjà publiés, prises de parole validées et éléments de langage propres à chaque marque.

L’objectif n’est pas de produire du contenu final, mais d’aider à ajuster, reformuler et vérifier la justesse du ton pour ne pas perdre ce « tone of voice » de chaque marque. Ainsi, ils lui permettent de  maintenir une cohérence éditoriale forte tout en gérant plusieurs marques aux univers très différents. 

IA vs créativité : quelle logique ? 

Et pour la création de contenu, quels conseils donnerais-tu et quels sont tes outils phares ?

« Le premier conseil, c’est de ne jamais créer sans intention. Un contenu doit toujours répondre à un objectif précis. »

Pour Camille, beaucoup de créateurs publient trop vite. Ils suivent les tendances sans se demander ce qu’ils veulent réellement transmettre. Elle recommande de commencer par clarifier son message, sa cible et le rôle du contenu dans la stratégie globale.

« Avant de créer, je me demande toujours à quoi sert ce post : informer, rassurer, engager ou convertir. Les communautés préfèrent des contenus utiles et incarnés plutôt qu’une présence constante sans valeur ajoutée. Et niveau performance, ça compte beaucoup. »

Sur le plan opérationnel, Camille s’appuie sur une liste d’outils bien définie.

  • ChatGPT et des GPT personnalisés
    « J’ai conçu plusieurs GPT dédiés à mes clients. Chacun est entraîné sur leur ton, leurs valeurs et leurs contenus passés. Je les utilise comme des assistants éditoriaux pour cadrer, reformuler et vérifier la cohérence. »

Pour l’idéation et la structuration, elle utilise aussi ChatGPT afin de brainstormer, tester des angles et sortir de la page blanche.

  • Trello : Pour l’organisation, Trello lui permet de planifier ses calendriers éditoriaux et de garder une vision claire sur le long terme.
  • Sora, Canva IA: Côté création visuelle, Canva reste central pour concevoir des carrousels et des supports cohérents avec l’identité des marques. Elle ajoute que Sora est très utile en phase d’inspiration.

« Les outils doivent servir la créativité, pas la compliquer. »

Enfin, elle rappelle que l’outil ne fait pas le contenu. Ce sont l’expérience, l’observation et l’écoute des communautés qui font la différence.

« Les meilleurs contenus viennent du terrain, des échanges et des retours. Donc oui l’IA ça aide, mais il faut toujours se fier à son intuition et son esprit critique pour engager sa communauté de manière authentique »

Un conseil qui résume bien sa vision d’une création de contenu à la fois structurée, humaine et durable.