Article de Halima

Le concept de productivité est omniprésent : rituels du matin par-ci, détox productive par-là. Nous l’avons intégré comme une raison d’être pour nous-mêmes et la société. Dans bien des cas, nous avons subordonné les sujets qui comptent le plus – le bien-être, la santé, l’environnement, la paix – à cet impératif-là. Être en bonne santé ou être heureux, cela rend plus productif… C’est comme si nous avions renversé l’ordre des priorités, l’ordre téléologique des choses : certain·es d’entre nous vivent pour travailler au lieu de travailler pour vivre.

 

Mythe n°1 : la productivité est facilement mesurable

Le premier mythe entretenu au sujet de la productivité est l’idée selon laquelle elle est facile à mesurer. Cette idée est certes convaincante dans l’univers des commodités : les matières premières agricoles et les biens standardisés issus des chaînes d’assemblage. Évidemment, tant qu’il s’agit de tonnes de blé ou de nombre de voitures produites en série à l’usine, la mesure paraît claire et indiscutable. Mais dès qu’on s’en éloigne, les choses deviennent nettement plus floues. Êtes-vous capable de mesurer la création de valeur (en euros) d’une heure passée à traiter des emails ? Comment mesurer la productivité dans le monde du soin, des services à la personne et des services publics ? Qu’est-ce que la productivité d’une infirmière ou d’un enseignant, par exemple ? Le nombre de patient·es reçu·es à l’heure ou le nombre d’heures de cours délivrés ne disent pas grand-chose sur la santé des patient·es ou les connaissances et savoir-être acquis par des enfants. Il faut dire que la productivité ignore la qualité des biens et services produits. Pour reprendre l’exemple de l’enseignement, elle met sur le même plan un professeur charismatique qui crée des vocations chez ses élèves et un autre qui recrache avec ennui des cours élaborés 20 ans auparavant. Elle ignore le niveau de confiance produit dans une relation de service. Dans l’économie de la connaissance, elle ignore la valeur que représente le niveau de connaissances non reflété par les prix. La réalité est que dans les services, les métiers créatifs, le soin et toute l’économie de la connaissance, c’est-à-dire l’essentiel de notre économie, on ne sait pas bien mesurer la productivité des travailleur·ses. On se repose sur des conventions arbitraires qui ont peu à voir avec la « valeur ».