Nous sommes à l’aube de la 5e société humaine : utopie ou dystopie, comment nous y projeter ?

J’ai récemment partagé sur LinkedIn un article de Digital Insight qui rappelait que 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore ! Selon l’étude Dell en partenariat avec l’Institut du Futur en 2017. C’est à ce moment-là précisément que je me suis interrogée sur le « et donc », j’ai pensé aux lecteurs jetés dans le grand bain de la transformation digitale du monde sans clé de compréhension. D’ailleurs la plupart de nous s’accordent sur un point : impossible d’imaginer le futur. Alors industrie 4.0, société 5.0, start-up et entreprise agile, comment nous projeter ? Quel modèle peut nous y aider ?

L’industrie 4.0 : une nouvelle révolution industrielle.

D ’ abord, qu’est-ce que l’Industrie 4.0 ? C’est la 4e révolution industrielle. Le terme est apparu au Forum mondial de l’Industrie de Hanovre en 2011. Animée par l’émergence de nouvelles technologies (objets connectés, Impression 3D, Intelligence Artificielle, Big data, Cobot) elle désigne la digitalisation des actifs physiques dans les processus de fabrication et de bout en bout de la chaîne de valeur. La production devient interconnectée, robotisée et intelligente.

Bien au-delà d’une transformation technologique, cette révolution de l’industrie 4.0 influe sur tous les aspects de la société : aspect économique, et gains de productivité attendus et souhaitables, impacts politiques, sociaux et environnementaux. Elle impose la question de l’accompagnement des salariés actuels et la formation des futurs salariés. Plus généralement, il est nécessaire de réfléchir à la place de l’humain dans cette transformation. Le risque de destruction d’emploi est supérieur sans aucun doute à celui connu lors de la précédente phase d’automatisation de l’industrie et les peurs liées à la robotisation sont légitimes.

Donc, en 2022, les technologies vont générer la destruction de 75 millions d’emplois mais en créer … 133 millions !. Ces chiffres du World Economic Forum expriment le principe Schumpeterien de destruction, création et restructuration des emplois et annihilent l’idée selon laquelle les robots et l’Intelligence Artificielle remplaceraient tout le travail humain. Dans le même temps, ils confirment que la mutation engagée sera plus forte et plus rapide que toutes les autres.

« L’entreprise du futur, c’est la symbiose entre ces technologies et la composante humaine », prédit Alban Guyot, le directeur général du congrès Entreprise du futur.

Alors comment imaginer la société du futur ? La société 5.0

Le gouvernement japonais a engagé le programme Super Smart Society depuis 2016, révolution qui s’appuie elle-même sur la 4e révolution industrielle. De façon pragmatique, le programme japonais est initié face à ses propres défis :
– vieillissement et augmentation de la population,
– ressources énergiques,
– qualité de vie, liée notamment aux transports et problème de pollution,
– la question de l’emploi et employabilité.

Difficile donc de ne pas la corréler avec nos défis, ceux du monde demain. C’est aussi entrevoir dans la révolution technologique une solution à une population en croissance, dont l’espérance de vie continue et continuera de s’allonger. C’est aussi répondre à un besoin économique de productivité mondiale, de facto, accrue.

La route vers cette société super-intelligente a souligné le rôle particulièrement central des technologies telles que l’IoT (Internet of Things), l’IA (Artificial Intelligence), les systèmes cyber-physiques, le Big Data, la réalité virtuelle ou augmentée (VR/AR)…

Le plan japonais pour la société 5.0 nous donne un éclairage passionnant sur la manière dont la technologie peut améliorer nos vies.

Prenons l’exemple de la voiture autonome : symbole d’un futur lointain, les voitures autonomes sont annoncées commercialisables dans moins de 10 ans. Imaginons ce que cela pourra signifier…

Voiture autonome

  • La disparition des chauffeurs (taxi, bus, navettes).
  • La suppression aussi des stationnements et conduites sauvages.
  • L’ amélioration de la circulation.
  • Davantage de temps pour le conducteur.
  • L’ adaptation de la voirie et des espaces de stationnement,
  • L’ évolution des usages et de la propriété (location, co-voiturage etc).
  • Des flottes mieux entretenues donc moins polluantes.
  • Un réaménagement complet à construire des espaces d’accueil, stations-services et aires de repos.
  • Enfin, la possibilité d’adresser différemment leur chauffeur libéré de son attention et de lui fournir de nouveaux médias et services.

Dans ce contexte, comment les entreprises abordent-elles l’avenir ?

Plus intelligente, plus collaborative et innovante… L’entreprise du futur promet de tirer parti des meilleures technologies pour construire le monde de demain. C’est celle qui sait s’adapter dans un contexte V.U.C.A. : volatile, incertain, complexe et ambigu. Elle revisite ses méthodes, des modèles en V vers des modèles agiles (Lean, Design Thinking) qui invitent les collaborateurs de tous les services, de la production à la finance, à repenser leur posture et leur valeur ajoutée.

Pour les managers des années 80 et les étudiants des grandes écoles, l’injonction quotidienne était de créer du ROI et d’allouer jusqu’à 60% de leur temps au reporting. Leurs nouvelles compétences reposeront dorénavant sur leurs soft skills et les 4 C : Critical Thinking, Creativity, Collaboration et Communication. Pour eux, comme pour les experts dans d’autres domaines (santé, finance, juridique), l’intelligence artificielle prendra le rôle des tâches les plus administratives pour leur permettre de revenir à la propre valeur ajoutée. A la clé ? renouer avant tout avec sa capacité d’empathie, d’échange et d’innovation. Face à l’IA, l’humain peut revaloriser ses propres compétences et son quotient émotionnel, voire philosophique.
La tentation pour les entreprises peut être grande de remplacer les fonctions historiques, mais ce serait une grave erreur. À l’ère du numérique, les entreprises qui mettront leurs ressources humaines en avant sont aussi celles qui resteront en avance.

Imaginez aussi d’ailleurs, la revalorisation de la fonction R.H., souvent réduite à une fonction administrative et juridique, qui pourra à juste titre opérer sa fonction originelle d’orchestration des talents, de l’humain.

L’humain 5.0 : adaptation et progrès

Il n’en est pas pour autant que ces changements (industrie, société, métiers) et leur rapidité ne sont et ne seront pas difficiles à appréhender : le cerveau n’aime pas le changement.

Dans son livre Antifragile : Les bienfaits du désordre, Nassim Nicholas Taleb explique comment cette qualité vitale, l’antifragilité, a permis à la civilisation l’adaptation et le progrès. Selon Taleb, le principe s’applique à tout système, société, entreprise, individu. Les systèmes antifragiles sont capables d’évolution sous situation de stress.

Il se trouve que l’humain fonctionne en système antifragile :

  • Par l’entraînement le corps progresse.
  • Par l’apprentissage, l’échange et pour certains la méditation, notre esprit se développe.
  • Le cerveau antifragile progresse en compréhension, vision et innovation.

Enfin les systèmes antifragiles, sont ceux qui sont capables de progresser dans un contexte de stress, de choc ou volatile. C’est donc en cela que l’humain est en mesure d’aborder sa transformation 5.0.

Le caractère urgent et impératif des changements que nous avons entamés invite à une adaptation phénoménale où :

  • L’humain doit et va trouver une nouvelle façon d’aborder la vie, sociale et économique.
  • Il pourra, face à l’expansion de l’IA revaloriser ses talents en tant qu’être humain.
  • Il est face à l’opportunité de renouer avec ses aptitudes, émotionnelles, collaboratives, de partage et d’innovation.

Pour Sundar Pichai, PDG de Google, l’IA est plus importante pour l’homme que le feu ou l’électricité !

Pour accompagner cette adaptation, il est déjà répandu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni d’investir sur l’accompagnement individuel. Cet accompagnement, dit mentoring ou coaching professionnel, est mis en place, en présentiel ou à distance. Par exemple, une amie britannique m’expliquait récemment qu’elle bénéficie, comme tous ses collaborateurs, d’un crédit d’heures de coaching professionnel. C’est une façon pour elle de faciliter l’appréhension de ses questions au quotidien, de façon fluide, positive et constructive.

Et vous comment voyez-vous l’avenir ? N’ayez pas peur, soyez humains et attachez vos ceintures !

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