Se protéger des fausses informations ? Ou les combattre à la source ?

En rebond à l’article d’Eloïse Sébile, Alumni du MBA DMB, je veux dans cet article aborder le sujet de la désinformation, sujet que je développe par ailleurs dans le cadre de ma thèse professionnelle. 

Eloïse présente dans son article différents moyens pour lutter ou se protéger des infoxs. D’ailleurs, infox, intox, fake news, mésinformation : ces termes ont-ils tous la même signification ? Non, et Eloïse le détaille dans son article.

A l’heure où les internautes et utilisateurs des réseaux sociaux font face à une masse d’informations de plus en plus importante, il est primordial de savoir reconnaître une information douteuse ou dont l’angle est biaisé. La désinformation est vieille comme le monde, mais il faut l’admettre, l’essor des réseaux sociaux -où tout un chacun peut s’exprimer et délivrer de l’information- a largement propulsé ces tendances qui répondent à des nouveaux modes de communication. La crise du Covid-19 ou plus récemment la guerre en Ukraine ont montré à quel point l’information pouvait être manipulée, dans un sens comme dans l’autre. Il n’y a pas de solution miracle, la désinformation revêt différentes formes, s’appuie sur des techniques en perpétuelle évolution et produits des effets qui peuvent différer selon les publics.

Le virage du digital

Alors, faut-il savoir se protéger des fausses informations ou les combattre à la source ? Sur quoi repose le succès de posts qui comptent des milliers de like et de partage ? Pour le comprendre, il faut revenir à l’origine. Les médias d’information ont eux aussi dû prendre le virage du digital. Virage où l’instantanéité fait loi et où le temps d’attention des lecteurs est largement réduit, puisque constamment sollicités par d’autres actualités, posts, et titres attractifs. Nous sommes confrontés à une concurrence généralisée de points de vue, qui s’expriment sans filtre.

Le succès des posts « fake news » repose sur l’émotion, le scandale, tout ce qui peut toucher aux valeurs personnelles des internautes, contres lesquelles ils s’insurgent et s’expriment. Car oui, aujourd’hui, la parole est donnée à tout utilisateur d’un réseau social. La modération existe, mais elle sera moins rapide qu’un post à scandale qui sera partagé (la plupart du temps sans être intégralement lu), et elle devra se faire dans la limite de la liberté d’expression. Entre la publication et l’éventuelle modération, le mal sera déjà fait. A titre d’exemple, Twitter compte 2000 modérateurs dans le monde, ce qui donne le ratio d’un modérateur pour 175 000 twittos…

L’IA pour lutter contre la désinformation ?

Modération, pop-up qui tentent de freiner les partages compulsifs, compte spécialisés tels que Decodex, fact checking de l’AFP,… toutes ces solutions existent mais elles interviennent en curatif. Meta a lancé cet été Sphere, son intelligence artificielle qui a pour but de lutter contre la désinformation. Pour l’heure, elle n’est pas opérationnelle sur Facebook, mais fait ses classes sur Wikipédia, plateforme collaborative à laquelle presque n’importe qui peut contribuer. Sur Facebook, la modération se fait entre autres sur la base d’un algorithme qui tente de détecter les propos ou commentaires toxiques, mais le défi est grand à ce sujet, tant notre langage et la sémantique peuvent leur jouer des tours …

Illustration de Mayto
©Mayto

Comment lutter en préventif ?

Est-ce une hérésie de penser que nous pourrions combattre la désinformation bien en amont ? Par le biais du développement de l’esprit critique, de l’éducation aux médias et à l’information, par la prise de conscience de nos propres biais cognitifs, qui nous enferment dans une chambre d’écho lorsque nous lisons un article qui renforce notre point de vue, ou à l’inverse que nous balayons d’un scroll lorsque ce n’est pas le cas…

 

En ouverture…

Comment donner les moyens aux utilisateurs de mieux savoir identifier et donc moins relayer de fausses informations ? Le débat est ouvert. Deux ouvrages extrêmement intéressants vont m’aider dans cette recherche et dans la réalisation de ma thèse : « Les lumières à l’ère du numérique » réalisé sous la direction de Gérald Bronner et co-écrit par 14 experts, mais aussi l’excellent « Anti Bullshit » d’Elodie Mielczareck. J’en ferai très certainement des fiches de lecture, pour vous convaincre de sauter le pas, pour vous constituer vos propres réflexes d’auto-défense intellectuelle 😉