« Petite Poucette » de Michel Serres

Petite Poucette

Michel Serres est né le 1er septembre 1930 et est un philosophe, historien des sciences et homme de lettres français.  Il est membre de l’Académie française depuis 1990.  Il écrit de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences.  

Au début des années 2000, Michel Serres montre que les sciences construisent une vision du monde complète et cohérente. Il écrit en 2012 « Petite Poucette«  comme archétype du nouvel humain en devenir, qui écrit à toute vitesse à l’aide de son pouce (d’où le terme petite poucette) sur son téléphone ou sa tablette. 

PETITE POUCETTE

Dans cet ouvrage, Michel Serres décrit, avec beaucoup de tendresse, la génération de ses petits-enfants qu’il voit toujours smartphone à la main, et explique que le comportement de Petite Poucette ne doit pas être vu comme un frein, un risque ou un obstacle à la connaissance et à l’intelligence, bien au contraire.

Il faut simplement accepter que les choses changent, évoluent et qu’elles nous obligent parfois, et rarement à tort, à changer notre manière de voir le monde.

Petite Poucette, symbole de la vitesse et l’agilité avec laquelle cette génération envoie des SMS à l’aide de ses deux pouces, est donc l’archétype de cette génération se fondant et d’adaptant à ce nouveau monde.

Michel Serres explique en plus que cette révolution qui est en marche bouleverse les codes et nous conduis vers une nouvelle appréhension des capacités cognitives de l’Homme.

Et les technologies ont en effet bouleversé et accentué les ruptures générationnelles.

Elles ont donné naissance à une nouvelle génération qui doit s’adapter avec des repères et un rapport au monde qui a rapidement changé.

Selon Michel Serres, l’apparition des nouvelles technologies n’est pas différente de l’apparition de l’écriture et de l’imprimerie, qui avaient elles-mêmes forgé un changement des sociétés. Ainsi, il distingue les sciences dures et douces. Les sciences dures, représentant les outils et les avancées industrielles qui ont marqué l’Histoire. Les sciences douces (comme l’écriture et l’imprimerie), rassemblant les hommes, ont permis la création d’un monde multiple et organisé.

Comme l’écriture et l’imprimerie ont permis des avancées politiques, sociales et sociétales, Internet et les nouvelles technologies pourraient, grâce aux Petits Poucets et Petites Poucettes, créer un monde nouveau et adapté à cette nouvelle génération.

Il semblerait, avec cet ouvrage, que pour la première fois Internet n’effraierait pas mais impressionnerait. Michel Serres aborde les nouvelles technologies de manière objective et optimiste, comme des forces permettant au monde de changer, et pas forcément pour le pire.

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En effet, la mémoire n’est par exemple plus toute puissante dans l’échelle de l’acquisition des connaissances, dans la mesure où toutes les informations sont aujourd’hui à portée de main, en permanence, instantanément.

Les nouvelles générations d’élèves apprennent d’une façon différente avec ce nouveau rapport au savoir. L’enseignement est ainsi perturbé puisque la place et le rôle de l’enseignant est parfaitement remis en cause. Son positionnement au sein même d’une salle de classe ou d’un amphithéâtre n’est plus aussi prestigieux et honoré qu’auparavant.

En prenant son propre cas, Michel Serres se remet en question et décrit comment il a revu sa façon d’enseigner en perspective avec ce nouveau monde empli de Petites Poucettes. Aujourd’hui, il sait que lorsqu’il entre dans une salle de classe, il n’est plus un détenteur unique de connaissances et que ses élèves se sont au préalable renseigné sur le sujet ou le feront sans son aide.

L’accès au savoir a donc changé, mais pas seulement. Le rapport au travail, l’espace bouleversé par les voyages et dirigé par le GPS, l’amour qui n’est plus éternel, les rapports entre pays, les courbes démographiques, le rapport entre les sexes…

Dans le monde de Petite Poucette on donne la parole à la multitude, on note tout le monde : le médecin, le professeur et l’amoureux…

Aussi, il explique et dénonce presque, que les adultes doivent assumer leur responsabilité en aidant et en accompagnant cette génération à créer un nouveau lien social.

Il faut faire preuve de solidarité générationnelle en aidant les jeunes à innover pour redéfinir un nouveau monde.

Michel Serres a une vision de l’avenir bien optimiste et nous invite à voir comment ce nouveau monde est en train d’apparaître et à l’accepter avec sérénité. Il s’agit simplement d’une évolution qui fera révolution.

Petite Poucette est la dernière version de nous-mêmes et elle est en train de modifier profondément notre façon de communiquer, de penser, de travailler.

 

Mon avis

J’ai énormément apprécié lire cet ouvrage présenté comme un grand classique de l’impact du numérique sur les sociétés.

Petite Poucette de Michel Serres est un manifeste de moins de 100 pages qui se lit très facilement et qui plus est, est agréable à lire.

En effet, j’ai trouvé cette lecture particulièrement intéressante, presque touchante, car elle a été rédigée par un octogénaire qui a une vision différente et moderne de celle de sa génération qu’on pourrait citer de technophobe.

Michel Serres pose simplement son regard sur cette génération sans en tirer un bilan pessimiste. La technologie n’effraie pas mais impressionne, et il admire cela comme le futur outil d’un changement majeur. Il ne porte en effet aucun jugement sur les nouvelles générations et les technologies. Il observe et décrit le monde qu’il voit et qui change, se remet lui-même en question, et nous invite à la solidarité.

Même si ce manifeste n’est pas récent, je trouve encore plus rafraichissant et agréable de lire sa vision optimiste et rassurante de notre société hyper digitalisée.

par Julie Lagarde