Dans le milieu du digital, les levées de fonds sont un sujet quotidien. Elles sont régulièrement soulignées dans la médias, définies comme facteur de succès d’une start up. Mais qu’est-ce qu’une levée de fonds et comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

Kézako ?

La levée de fonds consiste à apporter de nouveaux capitaux financiers à une entreprise, via des investisseurs extérieurs, dans le but de d’accroître son développement. Par définition, la levée de fonds est donc un investissement qui ne vient pas d’une banque. En contre partie de cet apport financier, le ou les créateurs de l’entreprise diluent leurs parts de la société pour les céder à ces investisseurs.

Un investisseur qui mise sur une start up espère récupérer plus que son investissement, lors de sa sortie ou de la vente de l’entreprise. En règle générale, il peut prendre entre 5 et 30% des parts d’une entreprise.

Au delà des biens capitaux, une levée de fonds permet également de s’entourer d’investisseurs qui souhaitent soutenir le projet, aider l’entreprise à croître et l’entrepreneur à progresser et profiter d’un carnet d’adresses conséquent.

A chaque stade de croissance son mode d’investissement 

Lever des fonds ne se fait pas de la même façon suivant le stade de développement de l’entreprise. Comme l’indique le graphique ci-dessous de l’EDHEC Alumni, les investisseurs peuvent être de différentes natures : business angels, fonds d’investissements, capital risques… Chaque type d’investissement doit aller se chercher en fonction de l’avancement du projet, des objectifs atteints et de la trésorerie de l’entreprise. Aller chercher des fonds nécessite d’être réactif et définir quand c’est le bon moment. Il faut se présenter aux investisseurs lorsque l’on a des réalisations à leur présenter et des opportunités pour évoluer, et non pas lorsque l’entreprise est déjà en déclin.

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De l’art de convaincre

Lorsque l’entrepreneur commence à solliciter des business angels, un simple « pitch » ne suffit plus. Dans ses négociations avec les investisseurs, les entrepreneurs parlent du projet en détails : le problème rencontré, la solution apportée et en quoi elle disrupte les modèles concurrents. Il faut également parler du marché (segmentation, portée, valeur et ambitions internationales ou locales…) et la manière dont vous l’abordez. Il faut également prouver la pertinence du « business model » de l’entreprise. Enfin, la présentation de l’équipe et du rôle de chacun permet aux investisseurs de mieux comprendre le fonctionnement de l’entreprise, son avancée et ses enjeux quotidiens. 

Une fois cette partie réalisée, il faut s’attaquer au nerf de la guerre : les chiffres. C’est là qu’interviennent les KPI et leurs évolutions de la création de l’entreprise jusqu’à ce jour, en présentant les enjeux et objectifs de demain. Il faut chiffrer les capitaux nécessaires et identifier comment ils vont être dépensés : recrutements, innovation …

Ces présentations et négociations avec les investisseurs nécessitent un grand travail en amont et l’analyse poussée des chiffres de l’entreprise. Elles nécessitent plusieurs réunions et des ajustements au cours des négociations. Il faut avoir réalisé une analyse poussée du marché et avoir une réelle vision pour l’entreprise.

Christophe Chausson, célèbre investisseur français et créateur du fonds d’investissement Chausson Finance, définit la négociation ainsi : « Vous devez à la fois faire rêver et rassurer ».

S’il ne s’agit pas d’investisseur individuel, l’entrepreneur passera en comité d’investissement, qui réunit différents acteurs de la décisions. C’est la dernière étapes de présentation et séduction avant une réponse.

Les spécificités du partenariat

Une fois que le partenariat est avéré, la partie juridique est essentielle pour cadrer l’investissement. Qu’il s’agisse d’un business angel ou d’un capital-risque, l’entrepreneur devra établir un contrat juridique avec son ou ses investisseurs. Ce dernier définit les conditions suivantes :

  • Termes de l’entente (suivi du projet, reporting mensuel ou trimestriel)
  • Définition du montant de l’investissement
  • Diligences : possibilité pour l’investisseur d’analyser les comptes, rencontrer des membres clés de l’entreprise, vérifier les contrats, revenir sur certains points avancés dans l’étude de marché…

Ce « pacte d’actionnaires » ou « pacte d’investissement » définit à l’écrit qui sont les investisseurs en charge de suivre le projet de plus près. Il désigne un « actionnaire de référence » qui a la possibilité de conseiller et intervenir sur les décisions de l’entreprise, et un « conseil de surveillance » qui endosse les responsabilités pénales et civiles en cas de faillite, et qui a son droit de véto sur les décisions prises pour l’entreprise.

Il est donc crucial de comprendre qu’une levée de fonds agit sur la gouvernance d’une entreprise et la manière dont les décisions sont prises. Le ou les entrepreneurs ne font plus cavaliers seul(s).

Une fois le contrat établi et mis à disposition de toutes les parties prenantes, il est temps de passer au « closing ». Cette étape réunit l’entreprise et les investisseurs lors d’une assemblée extraordinaire dirigée par un avocat. A l’issue de cette réunion et une fois tous les documents signés en bonnes et dues formes, le versement des fonds peut avoir lieu. La levée de fonds est terminée une fois l’argent réceptionné sur le compte de l’entreprise.

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Seed, Séries A, B et C !

Ce cheminement type d’une levée de fonds s’applique aux différents tours de tables (appelés aussi « séries »).

Elles correspondent respectivement au « niveau » de la levée de fonds.

En ce sens, la première s’appelle levée de fonds en « seed ». Elle correspond à l’étape de naissance et de survie de l’entreprise et concerne des montants entre 200 000 et 750 000 euros.

Ensuite vient la « série A « , synonyme de forte croissance pour la start up qui tend vers la rentabilité. Il s’agit en général de sommes allant de 800k euros à 3 millions. C’est souvent le moment des débuts de l’internationaliser de l’entreprise également.

S’en suit la « série B » qui intervient au moment ou l’entreprise devient scalable. Souvent, les mêmes actionnaires ré-investissent dans l’entreprise. Ils peuvent être rejoints par des fonds d’investissement internationaux également.

Enfin, la « série C » est souvent la dernière et permet de racheter des concurrents. C’est le tour de table qui permet d’être plus offensif et de s’installer durablement sur le marché. Après cette étape, certains investisseurs peuvent chercher à se retirer et c’est là qu’une « Initial Public Offering » (IPO) peut permettre à l’entreprise d’entrer en bourse.

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Rendez vous dans quelques semaines pour un second article sur les levées de fonds en France : les investisseurs incontournables, les exemples de success story à la française et les échecs cuisants … Stay tuned, à bientôt !