Les dispositifs solidaires par voie digitale : salvateurs pour les résidents en EHPAD ?

 

Le 17 Mars 2020 à 12h, la sentence tombe, la France s’arrête. Tout le pays est paralysé, le peuple est assigné à résidence, nous sommes confinés jusqu’à nouvel ordre. Notre génération, active et pleine de projets va alors entrer dans une période historique sans précédents.

 

Pourtant, face à cette situation inédite, et jusqu’alors impensable, beaucoup nous invite à relativiser par respect envers certains passés. Confinés chez soi, avec à portée de main toutes les plateformes divertissantes possibles et inimaginables, nos cours en ligne, notre activité professionnelle continuée à distance. Tout cela doit nous apparaître comme un luxe, un privilège.

Instagram, Tik Tok, Netflix, Twitter et les Facetime avec mes amies ont meublé, plus que d’habitude, mes week-ends enfermée. Et, finalement, je me pense alors chanceuse.

Pour nous, la génération Y-Z, en fait, notre situation n’est pas si grave. Pas si grave, par rapport à eux : les babyboomers, ceux qui ont connu les heures les plus sombres de notre histoire nationale. Comment, eux, après avoir survécu aux tickets de rationnement, aux violences physiques des guerres, aux génocides, aux maladies dont on ne peut mourir aujourd’hui contrairement à hier, allaient-ils cette fois-ci survivre à ces mesures restrictives ?

Moi qui au début était indignée par la comparaison de nos deux époques, je me retrouve à avaler l’égoïste pilule du confinement. On est en guerre, c’est vrai, mais des obus ne tombent pas sur nos toits.

Même si cela ne vous saute pas aux yeux, j’ai toujours eu une compassion particulière envers les personnes âgées. Cela est probablement dû à mon lien fusionnel avec mes propres grands-parents. Pendant ce premier confinement, comme beaucoup de français, nous apportons une attention particulière envers ceux désignés comme « personnes à risque ».

Mais, si chaque français fait attention aux siens et à ses voisins seniors, quel est le sort des 600 000 personnes
âgées réparties dans les 7 200 EHPAD français ?

Les résidents n’ont alors ni droits de visite, et pas totalement le droit de passer du temps entre eux dans leurs lieux collectifs, où ils s’adonnent souvent à refaire le monde.

Si j’avais ressenti un pincement au cœur lorsque nous avions été assignés à résidence, il s’est littéralement fendu lorsque j’ai pris conscience de l’isolement total mais nécessaire à la survie des seniors.

Grâce au site gouvernemental : je prends connaissance des initiatives pour maintenir le lien social et rassurer les personnes âgées. Des cellules d’écoute sont mises en place par des associations où des bénévoles apportent un peu de réconfort, en plus du dévouement du personnel soignant. Une bonne nouvelle, mais moi, à mon échelle, que puis-je faire tout en gérant mon télé-travail ?

Je trouve enfin la solution à toutes mes attentes : le dispositif « 1Lettre1sourire » où le concept est simple. Envoyer des lettres digitales qui seront distribuées dans les EHPAD signataires du dispositif.

Voilà ce que j’attends du luxe offert par les nouvelles technologies : de l’humain. Je trouve cela bien de divertir ces résidents, de les éloigner le temps d’une lecture des paroles anxiogènes des chaines de télévision.

En Janvier 2021, le choc du premier confinement est passé : les mesures se sont assouplies mais le dispositif se pérennise.  »1 Lettre 1 Sourire » c’est plus de 744 761 lettres envoyées depuis Mai 2020.

Mon esprit persiste : la fracture numérique chez les seniors du 4ème âge est une réalité !

Le digital constitue un moyen de se faciliter la vie et l’usage des objets connectés facilitent la communication à distance. Ce qui permet à terme, de consolider les liens intergénérationnels. La Silver Economy possède de très bons jours devant elle : le marché des seniors en France est en plein boom et selon le baromètre TNS Sofres-Cogedim (2018) :

63% des 60/75 ans sont équipés en ordinateurs

34% en smartphones

26% en tablettes

Mais, encore une fois, quels dispositifs pour les EHPAD ?!

Pour rompre l’isolement des personnes vulnérables des dispositifs solidaires sont lancés par de nombreux acteurs :

  • Économiques et mécènes :

La Fondation Simplon crée un dispositif  »Gardons le lien » par lequel des tablettes sont distribuées dans les EHPAD mais aussi les hôpitaux et les structures sanitaires sociales. Tout cela grâce aux dons d’entreprises et de particuliers de matériel neuf ou reconditionné.

  • Régionaux :

L’Institut Méditerranéen des Métiers de Longévité (I2ML) appelle aux dons pour récolter 50 tablettes à donner à 15 EHPAD du Grand Nîmes.

  • Associatifs :

La Ligue Contre le Cancer offre des tablettes numériques à 37 EHPAD de Savoie.

La mobilisation est villageoise, communale, régionale, nationale. C’est une nation entière qui se mobilise et digitalise sa solidarité. On veut la témoigner grâce à des outils au rôle clé : celui qui permet aux seniors de maintenir des liens sociaux.

Virtuels, certes, mais des échanges qui peuvent égayer de nombreuses journées. Et lutter contre l’isolement en EHPAD.