Le marché de l’édition

Alors que le marché de l’édition avait connu un léger soubresaut en 2015 avec 1.8% de croissance, la courbe semble une nouvelle fois à la baisse en 2016 avec un recul de 1% du marché en valeur et 1,1% en 2017. En cause, l’absence de best-seller du type les 50 nuances de Grey avec ses 1,1 million d’exemplaires vendus, un Guillaume Musso moins prolifique, Harry Potter en vacances définitives et une campagne électorale qui a littéralement assombri le paysage éditorial. La tendance a été confirmée en 2016 avec une édition du salon du livre parisien qui affichait une baisse de fréquentation de 15%. Peut-on parler pour autant de morosité ? Non. Le livre reste le premier marché culturel en France avec 4 milliards de chiffre d’affaires, selon l’institut GFK. Livre hebdos préfère le terme d’année « en apesanteur ».

Le livre numérique

Contrairement aux idées reçues et aux défenseurs du livre papier, le livre numérique progresse. En flèche. +29.7% par rapport à 2015. L’explication se trouve dans la mise en disposition du format numérique des éditions universitaires et professionnelles dont notamment l’édition juridique, rééditée à la suite de la réforme du droit des obligations. La littérature reste à la traine avec une évolution de 6.3% de son chiffre d’affaire numérique. Au total,les tablettes et autres supports représentent 8.65% du panier global des éditeurs. L’augmentation d’année en année est constante.

 

Le modèle américain

Suivons-nous le modèle américain ? Dans la première phase de la numérisation des lecteurs oui. Nous suivons à quelques années les évolutions outre atlantiques. Si ce mimétisme continue, il faut s’attendre à une chute des téléchargements En 2016, on constate un recul du livre numérique aux Etats-Unis de 18.7% alors que le livre audio, que personne n’attendait prend sur les neufs premiers mois de l’année 2017 29.6% de croissance.

 

 

Les acteurs de l’avenir

Même si le marché du livre se porte plutôt bien en France, il est indéniable que les ventes numériques continueront à progresser dans les années futures. L’offre des éditeurs croit significativement. Le poids des auteurs progresse en même temps. Ne nous fions-pas aux montants des droits qui ont diminué de 2,5% mais du poids relatif dans le compte de résultat des éditeurs qui affiche 15,9 du CA net. Les auteurs les plus courtisés à l’avenir seront ceux qui existeront sur un marché parallèle à celui des librairies : celui de la toile.

 

 

Les auteurs dans cette révolution numérique ?

Vous pouvez chercher sur google : transformation digitale des auteurs, révolution numérique des auteurs… Vous ne trouverez rien. Et pour cause : tout est à faire. Les sites des écrivains sont rares, l’analyse de leur SEO ferait perdre les derniers cheveux de Yann Lemort, un des meilleurs spécialistes dans le domaine, l’affiliation sur les sites d’e-commerce une rareté. Qui pourraient conseiller ces artistes qui n’ont qu’une idée en tête : écrire. Les écrivains laissent à leur maison d’édition la force de vente dans les différents de canaux de distribution. Rares sont ceux qui twittent, qui utilisent en séance de dédicace un beaconredirigeant sur une page facebook. Si tout va bien, ils font un peu de publicité sur des blogs privés qui fleurissent sur la toile pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Le numérique pour exister

Près de 45000 livres paraissent par an. Cette multiplication des titres entraine un turn-over en librairie très important. Un roman ne reste pas plus de trois semaines sur les tables et le taux de retour est d’environ 27%. 70% des éditeurs actuels n’étaient pas présent sur le marché il y a 30 ans et beaucoup d’entre eux mettent la tête hors de l’eau grâce à une dizaine de titres. Les distributeurs ont tout à gagner de l’inflation de la production car ils font leur marge sur le stockage et les allers retours libraires. Les éditeurs ne peuvent pas se retirer de ce mode de fonctionnement. Seuls les auteurs qui mettront leur production en valeur sur la toile, et développeront en parallèle leur propre marketing digital, auront une chance probante d’améliorer leur vente. La transformation numérique des auteurs est devenue indispensable à leur survie.

 

Comment ?

C’est toute la question. L’auteur à succès sera, au-delà de la qualité de l’écrit, celui qui connaitra bien son lecteur, saura susciter de l’engagement, réalisera des campagnes marketing dans son vivier lecteurs, optimisera son blog, générera du trafic sur son site internet, captera de la data, tirera profit des réseaux sociaux, exploitera le trafic payant avec sa maison d’édition et assurera un suivi marketing électronique en élaborant des campagnes de publication. La gestion des données est au cœur du processus. Le nerf de la guerre. Mais comme dans toutes les entreprises, ce sont les mentalités qui doivent évoluer pour accompagner le mouvement. Sans doute faudra-t-il mesurer l’efficacité pour convaincre !