Le Covid-19 a donné un coup d’arrêt brutal et des conséquences catastrophiques sur le secteur touristique. En quelques jours les fermetures des frontières se sont multipliés dans le monde et la liberté de circulation en Europe fût compromis. Le principe même de l’espace Schengen a disparu de manière indéterminée. Chaque État voulant protéger sa population ferma les frontières aussi rapidement que la mise en place d’un confinement sur leur territoires. Les frontières de l’Union Européenne sont fermées et le rétablissement des contrôles sur le continent remit en place. 

Depuis le début de l’année 2020, d’après l’enquête réalisée par le cabinet Roland Berger, la dégradation de la situation économique en France dû aux mesures prises par l’États pour limiter la propagation se fait ressentir. Le PIB en France sur le premier trimestre 2020 est estimé à -6%. Une chute générale de la demande liée au confinement engendre une baisse de 40% et touche en premier lieu le secteur de l’hôtellerie et de la restauration qui sont quasiment à l’arrêt avec -90% d’activité, les voyagistes avec -97% de réservations, représentant 25% du PIB touristique en 2020. En montagne, la perte d’activité représente 1,5 milliard d’euros, dont 50% supportés par les hôteliers. Les hébergeurs et les exploitants de domaines ont 50% de ces pertes.

“ La filière du tourisme génère en France environ 170 milliards d’euros chaque année. Deux millions de Français en vivent. Pour trois mois de mise à l’arrêt, c’est autour de 40 milliards d’euros de recettes en moins pour le secteur.” Le Parisien

Les hôteliers sont rattachés aux annonces du gouvernement et l’effondrement des réservations continue sa progression jusqu’à fin juin 2020. L’hôtellerie du luxe est très touché avec un taux d’occupation de 10% au 15 mars 2020 alors qu’il est de 16% sur les hôtels de classe moyenne et 30% sur les hôtels de classe économique. L’hôtellerie de plein air (camping dont l’activité > 10 millions d’€ de CA) serait moins touchée avec -40% de profitabilité en comparaison avec le Tour Opérateur à -79%.

D’après le baromètre de la plate-forme Orchestra, les ventes de voyages ont chuté de 97% et le panier moyen de 14,5% sur fin mars. Atout France confirme également que la capacités aériennes baissent de 50% sur l’Europe de l’Ouest et une réduction des réservations allant jusqu’à 95% à la mi-mars.

Selon les professionnels du secteur, les mesures prisent par le gouvernement sont jugées suffisantes, 85% d’entre eux pensent que la crise va durer 4 à 6 mois et au- delà de l’été 2020. Les préoccupations premières du secteur restent la trésorerie, la santé et les conditions sanitaires de travail et la gestion des dettes. Les professionnels souhaitent revoir leur modèle économique, 79% pensent restructurer les coûts, 65% réinventer leur produit, 62% nouer de nouveaux partenariats et 49% repenser leur architecture tarifaire.

L’été sera boosté par les touristes français sur des séjours de proximité comme en témoigne l’étude réalisée par l’Echo Touristique ci-dessous.

Après la France, les destinations Européennes sont importantes dans le secteur touristique. On retrouve dans le Top 10 l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni. La crise du Covid-19 impact également ces destinations et le transport aérien avec des chiffres illustrant la journée du 31 mars 2020, 174 000 passagers dans les aéroports en 2020 contre 5,12 millions en 2019, soit -97%. L’infographie ci-dessous démontre la chute des fréquentations des vols en Europe sur le 1er trimestre 2020 avec une diminution des passagers de 59,5% sur le mois de mars.

Chute des fréquentations des vols en Europe sur le 1er trimestre. ACI Europe

L’organisation estime que dans un scénario pessimiste, la chute des fréquentations des transports aériens sur l’année 2020 atteindra 48% de moins que pour l’année 2019.

Au sein de l’Union européen, le tourisme représente 22,6 millions d’emplois, soit 11,2% de la main d’oeuvre totale de l’UE. Au niveau mondial, pour la neuvième année consécutive le secteur a dépassé un PIB mondial de 2,5%. Le PIB touristique est le 3ème secteur de l’économie mondiale.

WTTC (World Travel Council) et son rapport de 2019 sur l’impact économique montre que le secteur économique est “l’épine dorsale de l’économie européenne et mondiale”. La pandémie met en danger 75 millions d’emplois dans le monde et 6,4 millions d’emplois dans l’Union Européenne.

Selon le groupe d’études statistiques STR et le cabinet spécialisé In Extenso, dans le meilleur des cas on observera un retour de la situation de 2019 en 2022. L’expérience des crises précédente nous a montrés qu’il fallait compter 24 à 36 mois pour retrouver une situation antérieure. La chute de l’activité tant en France qu’à l’étranger est bien plus forte qu’au moment de la crise de 2008-2009.” Les Echos

La pandémie a paralysé le monde, impactant les vies des citoyens, les sociétés et le quotidien de tous. Un risque énorme de récession mondiale et de pertes massives d’emplois sont envisageables. Aucune crise semblable n’a jamais été produite c’est pour cela qu’il est très difficile de pouvoir estimer l’impact du Covid-19 sur le tourisme international. 

“Nous sommes confrontés à une crise sanitaire mondiale sans précédent et la priorité absolue est d’endiguer la pandémie. Le secteur du tourisme appuis résolument toutes les mesures prises pour enrayer la flambée. L’OMT travaille en étroite relation avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ses États membres et le secteur pour assurer une action coordonnée et efficace.” Source : OMT

Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT), la pandémie du Covid-19 entraînera, selon les faits les plus récents, une contraction du secteur du tourisme de 20% à 30% durant l’année 2020. 


“Cela se traduirait par une perte de 300 à 450 milliards d’USD de recettes du tourisme international (exportations), soit près d’un tiers des 1 500 milliards d’USD générés à l’échelle mondiale, dans le pire des scénarios.” Source : OMT

Prévisions pour 2020 : Arrivée de touristes internationaux dans le monde (en millions)

L’estimation de l’impact mondial en quelques chiffres :

  • 5 à 7 ans de pertes en nombre de touristes
  • -290 à 440 millions d’arrivées de touristes internationaux
  • -300 à 450 milliards d’USD d’exportations du tourisme (recettes)
  • ⅓ de 1 500 milliards d’USD de pertes d’exportations du tourisme
  • 3 ans pour retrouver le niveau de trafic de 2019 et 10 ans pour retrouver la trajectoire d’avant-crise.
  • Baisse du trafic aérien impactant la demande d’avions entre 40% et 50% sur les 5 ans à venir.

Chacune des estimations faites doivent être prises avec précaution car les données peuvent changer à tout moment vu la situation actuelle. L’OMT continue à suivre l’impact du Covid-19 sur le tourisme international.

La France reste la première destination Française mondiale, mais ce n’est pas les français qui seront le plus impactés par la pandémie du Covid-19. Nous allons observer certains chiffres qui montrent la dépendance de certain pays au secteur du tourisme. L’épidémie du Covid-19 impactera les pays différemment, il est important de constater les contrastes entre certains pays.

Les zones du monde les plus touristiques

Cette carte du monde ci-dessus, montre que l’Europe est le continent qui accueille le plus de touristes, avant l’Asie et les autres continents. L’Europe possède la moitié des touristes internationaux avec 51%, l’Asie suit avec 28%, puis les Amériques avec 15%, l’Océanie 12% et l’Afrique avec 5%.

Au niveau des recettes par continent, on constate que l’Europe perçoit 39% des revenus du tourisme mondial, suivie de l’Asie avec 30% et les Amériques avec 23%. L’Océanie génère le plus de revenus par touriste avec environ 3 600$ par touriste, loin derrière l’Afrique avec 570$ par touriste. 

Le poids du tourisme dans le PIB des pays : 

Pour analyser comment les économies de chaque pays peuvent être impactées par le Covid-19 une comparaison est faite entre le PIB mondial de chaque pays avec le PIB lié au tourisme par Philomène Martinelli auteur de globe trotting.

L’infographie de gauche nous montre que la Thaïlande aura le PIB le plus touché avec 22% en comparaison avec la France qui atteint les 10%. Sur celle de droite, nous constatons qu’après la Thaïlande, les pays les plus impactés en matière de PIB sont le Mexique, l’Espagne, l’Italie, la Turquie et la Chine.

Les emplois liés au tourisme dans le monde : 

Selon une étude de statista, 319 millions d’emplois dépendant du secteur touristique dans le monde, soit un emploi sur dix. En comptant les emplois directs et indirects, les recettes du tourisme représentent environ 9% du PIB mondial. L’impact du Covid-19, engendre une paralysie du secteur mais aussi d’un nombre incalculable d’emplois.

  • Emplois directs : Hébergements, restaurants, bars, transports, lieux culturels et sportifs, les agences de voyages, les guides et interprètes, les offices de tourisme et les tours opérateurs, l’événementiel et les médias.
  • Emplois induits : Commerçants et artisans, entretien et le ménage, les services à la personne…
  • Emplois indirects : Tous les types d’emplois liés indirectement au tourisme (Professionnel, voyages d’affaires) et qui peuvent être impactés par le ralentissement lié à la pandémie.

La difficulté à estimer le nombre de métiers et de personnes impactés dans chacun des pays du monde pendant l’épidémie est très compliquée. Néanmoins, Philomène Martinelli, nous explique qu’il peut être très intéressant “de comparer le nombre d’emplois liés au tourisme avec le nombre d’arrivées de touristes (…) pour déterminer combien d’emplois dépendent d’un touriste.” Ce calcul permet de visualiser les pays les plus dépendants au secteur du tourisme et les populations pour lesquels il est vital de voir revenir les touristes. Ces populations où le nombre d’emplois et supérieur au nombre de touriste vivront une période très compliquée pour subvenir à leurs besoins. 

En France, on compte environ un emploi directement lié au tourisme pour 100 touristes. En Europe, on ne dépasse pas 8 emplois pour 100 touristes et c’est l’Allemagne qui détient ce score, devant la Moldavie(6 emplois pour 100 touristes) et la Grande Bretagne (5 emplois pour 100 touristes). “ Philomène Martinelli

Comment rester indifférent face à ces pays qui, sans le tourisme vont connaître une crise économique encore jamais connue. En comparaison avec la France, l’Inde compte 154 emplois pour 100 touristes ou encore Madagascar avec 112 emplois pour 100 touristes. C’est en visitant le monde que l’on peut se rendre compte de la différence entre certains pays. Un écart si énorme que l’on peut se demander comment cela peut-il encore exister en 2020. La richesse d’un côté et la pauvreté de l’autre, pourtant tous deux impactées par la même pandémie mais qui n’auront certainement pas le même impact sur les différentes populations. Comprendre la situation en Europe est importante, mais prendre conscience de la situation dans les pays pauvres est primordiale.

Pour continuer dans notre réflexion, Philomène Martinelli, nous partage un classement pour mettre en lumière les pays les plus dépendants vis-à-vis du secteur touristique. 

De nombreuses questions peuvent traverser l’esprit des voyageurs car cette crise impact les pays mais également les façons de pensées. Le tourisme vivra “un après Covid-19”, “un après-guerre”. Ce secteur sait pertinemment que cette pandémie impactera pendant de nombreux mois, voir de nombreuses années avant de retrouver une normalité.

“Les voyages des 18 prochains mois, après le déconfinement seront majoritairement nationaux et ce pour tous les pays du monde. Les populations vont moins dépenser dans leurs voyages par rapport aux années précédentes et privilégions les vacances de proximité et les logements économiques.” Globe trotting.

Pendant le confinement, l’homme n’a jamais eu autant besoin de liberté et du besoin de s’évader. Il continuera de se déplacer et de voyager, mais l’organisation et le besoin de voyager peuvent être d’une nouvelle réflexion. Les populations se sont rendu compte que la nature est importante, que les ressources sont primordiales et que le respect de notre planète n’est plus en option. Et si cette crise sanitaire avait permis à bon nombre de la population d’ouvrir les yeux sur l’importance de la protection de l’environnement ? Et si, voyager pouvait être responsable en apportant de bonnes intentions envers les populations ? Les comportements doivent changer radicalement pour la pérennité de la planète.

Les voyageurs vont modifier leurs comportements et leurs exigences. Il faut que les professionnels du tourisme comprennent et analyse les nouvelles demandes pour penser au tourisme de demain.


“Lorsque nous sortirons de la crise sanitaire, car nous en sortirons d’une façon ou d’une autre, l’imagination doit être le moteur de l’action et la boussole des investissements. Nous sommes entrés de plain-pied dans l’économie du sens et du bien-être.” Christian Delom, secrétaire général de A World For Travel