Dans son article « Acheter sur Vinted, un acte réellement éco-responsable ?», Ysalis Zagozda met en lumière que certaines solutions qui nous sont présentées comme éco-responsables, ne le sont finalement pas vraiment. Cela m’a poussée à m’interroger :

Combien des « solutions écolos » mises en avant par les entreprises s’avèrent être des fausses bonnes idées ? 

Parmi les tendances actuelles, on notera le passage au ticket de caisse électronique. Avec la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, l’impression systématique des tickets de caisse et des tickets de cartes bancaires sera interdite dès janvier 2023. De nombreux magasins ont ainsi déjà remplacé le ticket papier par le ticket électronique. Et à première vue, cela semble une bonne idée. En effet, « plus de 10 000 rouleaux de papier sont consommés en moyenne chaque année, par hypermarché, pour l’impression des tickets de caisse » (écologie.gouv.fr). Or, le ticket de caisse contient de nombreux produits chimiques. De plus, il est trop petit et trop léger pour être recyclé. Il est notamment composé de bisphénol F ou S. Ces substances chimiques pourraient accroitre le risque de développer des maladies cardio-vasculaires, augmenter le risque de faire un AVC, jouer un rôle de perturbateur endocrinien…  Si les études scientifiques n’ont pas encore défini clairement l’impact de l’utilisation de ces produits, elles s’accordent toutes pour dire qu’ils sont dangereux pour la santé. Ainsi, en 2018, Patricia Mirallès (Député LAREM de l’Hérault) affirmait que le ticket de caisse avait un impact à la fois sanitaire et environnemental. 

Le ticket de caisse électronique :  une alternative plus écolo ?

Cependant, s’il l’on prend un peu de recul, le bilan écologique du ticket de caisse électronique est très contrasté. D’après Frédérique Bordage (spécialiste en technologie numérique responsable et en low-tech) : « Un mail avec un ticket de caisse dématérialisé, c’est de l’ordre de 5g de gaz à effet de serre et de 3 cl d’eau. Le même ticket de caisse au format papier, on va plutôt être sur 2 grammes de gaz à effet de serre et 5 cl d’eau ». Le ticket électronique utilise un peu moins d’eau que le ticket papier mais a un plus gros impact sur les gaz à effet de serre. 

 Il faut également noter que plus le mail est conservé longtemps, plus son impact écologique augmente. Lorsqu’un mail est stocké dans un data center pendant un an, il émet 10g de CO2. Avec entre 10.000 et 50.000 mails non lus gardés par les français dans leurs boîtes de réception (Martial Mehr – L’independant.fr), les mails ont un très lourd impact sur l’émission de CO2.

Un ticket de caisse qui pèse lourd sur les data center.

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En 2019, le numérique émettait 4% des gaz à effet de serre du monde soit 1,5 fois plus que le transport aérien (Rapport du Think Tank « The Shift Project »). Un autre chiffre très parlant de cette étude explique qu’envoyer un mail avec une pièce jointe revient à laisser une ampoule allumée pendant 1heure. 

Avec l’explosion de la donnée, la consommation énergétique des Data Center connait une croissance exponentielle. Dans son article paru en 2021, Céline Deluzarche (ancienne journaliste pour Futura Science) :  explique que « Les datacenters consomment 1 % de l’électricité mondiale, et contribuent à 0,3 % des émissions de CO2dans le monde. Avec l’explosion de la quantité de données générées dans le monde et dans le cloud, les data centers pourraient engloutir jusqu’à 3 % de l’électricité mondiale d’ici 2030 ». 

Et, ce n’est pas le ticket de caisse électronique qui va arranger cela. En effet, il devra être supprimer régulièrement. Dans le cas contraire, il risque de peser lourd sur les Data Center. Certains experts proposent la suppression automatique des tickets de caisse au bout de 2 ans. Mais avec l’explosion de la data, est-ce vraiment suffisant ?

Enfin, cette solution ne pose pas seulement problème en termes d’écologie. L’adoption du ticket de caisse électronique pose la question de la protection des données. La disparition du ticket papier pose quant à elle la question de l’inclusion des personnes qui ne savent pas se servir d’internet. En 2019, une personne sur quatre ne savait pas s’informer et une sur cinq était incapable de communiquer via Internet (Insee).

Le mieux reste donc de ne pas générer de ticket de caisse du tout lorsque cela n’est pas nécessaire. En effet, que ce soit un ticket de caisse numérique ou papier, les deux ont un impact environnemental et social. Finalement, lorsque l’on souhaite vivre de manière plus respectueuse de l’environnement, la première question à se poser avant de substituer un élément par un autre est : en-ai-je vraiment besoin ?