IA et psychiatrie : peut-on espérer un diagnostic plus précis ?

Dans le cadre de ma formation MBA DMB et dans l’exercice de rédaction de ma thèse professionnelle, j’ai eu l’opportunité d’interviewer M. Olivier Roecker, CTO chez MedVir. Cet entretien a été l’occasion de le questionner concernant les éventuels apports de l’intelligence artificielle dans le diagnostic des troubles mentaux mais également concernant les objectifs de MedVir.

Dans cet article, nous parlons de l’IA MedVir, de la société Medical Intelligence Service. Loïc Etienne est l’auteur de cette dernière.

Un très grand merci à Olivier pour le temps qui m’a été accordé pour la réalisation de cet entretien.

Karima : Bonjour Olivier, je suis Karima et je suis en pleine reconversion professionnelle : j’ai fait 3 ans dans le domaine du recrutement et j’ai débuté, cette année, une formation dans le marketing digital. Dans ce cadre, j’effectue une thèse professionnelle sur les troubles mentaux et l’intelligence artificielle. Cyril m’a passé votre contact, je suis ravie de pouvoir échanger avec vous.

Olivier : De même ; je vais également me présenter : je suis directeur technique. Au démarrage, j’ai fait le choix de devenir informaticien – il y a fort fort fort longtemps, dans une galaxie lointaine. Et depuis quelques années, je travaille dans le domaine de la santé. (…) Je suis un directeur technique qui est encore très technique : je sais encore lire du vieux code. (…) Quand vous faites une IA dans la santé, il faut être capable de s’engager plus ou moins vis-à-vis du patient ou du personnel médical… 

Karima : Très intéressant, est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur cet aspect s’il-vous-plaît ? 

Olivier : Ça veut dire que nous avons une journée de développement et trois jours de documentation, c’est similaire au monde du nucléaire ou de l’aviation. On dit ce qu’on va écrire, pourquoi on va l’écrire… je résume en quelques mots, mais c’est une exigence vis à vis des patients. Comme un médicament. Vous avez confiance en ce que vous allez prendre car derrière, il y a des gens qui disent ce qu’ils vont faire, ils l’ont fait correctement et d’autres l’ont contrôlé. Dans un dispositif médical, c’est la même chose. Cela étant, qu’on soit dans IA ou pas, ça ne change pas. Donc j’ai cette double casquette informatique, à la fois réglementaire, à la fois techno. 

Karima : Très bien merci beaucoup ! Est-ce que vous pourriez m’en dire plus sur les personnes avec qui vous interagissez au quotidien dans vos différentes tâches s’il-vous-plaît ?

Olivier : Je suis en interaction mais ça va dépendre de la grosseur du compte. En tant que CTO je vais un peu agir en avant-vente dans des réunions dans lesquelles il faut une caution technique et non pas médicale. Je vais être en relation avec des décideurs en phase qui généralement sont eux-mêmes accompagnés de leur propre CTO. À l’extérieur, plus précisément, je vais être en relation avec les équipes techniques de nos clients, pour leur expliquer ce qu’ils ont à faire. Ensuite, je vais être en interaction avec les sociétés de service en informatique. Je vais également être en relation avec leurs équipes forcément pour les piloter et les diriger. (…) Ensuite, les fournisseurs. Dans la partie très opérationnelle, comptabilité et de l’administratif. (…)

Karima : Ça fait plus qu’une double casquette tout ça ! D’accord très bien. Ça devient beaucoup plus clair. J’aimerais bien en savoir plus sur MedVir, j’ai cru comprendre qu’il s’agit d’un outil de pré-diagnostic sur une structure de réseaux neuronaux ? Je le dis comme ça car c’est ce qui ressort de mes recherches mais pourriez-vous avec vos propres mots m’expliquer les objectifs de MedVir aujourd’hui ? 

Olivier : Les objectifs de MedVir c’est d’améliorer le parcours de soin d’un patient en diminuant la durée du parcours et en augmentant la quantité d’informations pendant le parcours. Le principe est assez simple, en amont, une relation avec un médecin. On essaie déjà de récupérer un maximum d’informations sur le problème que le patient a pour lui fournir à lui, et son médecin, ce que l’on appelle l’anamnèse (ou des hypothèses de diagnostic). Le fait de faire ça à différents endroits du parcours de soin fait gagner du temps et augmente la qualité de soin qui arrive après. 

Karima : D’accord. Super intéressant, donc il y a une partie où vous êtes en interaction avec les médecins si j’ai bien compris ? 

Olivier : Avec les médecins et/ou les patients.

Karima : Très bien, donc l’information que vous allez avoir, ça va être votre donnée ? Vous en avez l’autorisation ? A qui appartient la donnée ? Au médecin, au patient, à vous ? 

Olivier : Ça dépend, alors le principe de MedVir, c’est que nous on ne veut pas connaître le patient. Donc par design, à la conception même, au démarrage, on est anonyme. En se connectant, on est bien anonyme. Dès le départ, on ne demande pas d’information. (…)

Karima : D’accord, donc on a le droit d’avoir une donnée sans avoir l’identité du patient ?

Olivier : Oui. On a le droit. (…)

Karima : D’accord. Ce serait quel type de données qui sera récolté ? 

Olivier : On a son âge, parce que c’est nécessaire pour le diagnostic. On a son sexe, on a les symptômes qu’il a bien voulu déclarer sachant qu’il n’a pas besoin de décrire son propre problème, il peut décrire le problème de quelqu’un d’autre. Et on connaît son état de santé au moment où il fait son diagnostic. Avec éventuellement des antécédents personnels ou familiaux mais qui sont de son libre arbitre. La qualité des données qui vont ressortir sera en fonction des données qu’il va donner en entrée. 

Karima : D’accord. Très bien, merci. Alors, pensez-vous que l’IA représente une opportunité dans le diagnostic des maladies mentales ?

Olivier : Euh… Oui. 

Karima : Petite hésitation et j’aimerais donc bien savoir pourquoi s’il vous plait ?

Olivier : Le problème de la maladie mentale, de ce que je sais en culture générale, c’est le diagnostic… il y a des technos qui commencent à se mettre en place qui, à mon avis, permettent d’être plus catégoriques mais ça reste très spécifique. (…) 

Karima : Je pense que la problématique est qu’il y a autant de troubles mentaux que de patients et du coup il est très compliqué d’apporter un diagnostic précis. C’est très dur pour un médecin d’adapter un diagnostic à chaque patient. Je pense qu’il y a des choses pas mal dans leur prise en charge. 

(…) 

Olivier : Est-ce que l’IA peut ? Oui. On fait 900 pathologies et en plus on ne se fatigue pas. L’intérêt de l’IA, et ça peut s’appliquer en psychiatrie, c’est que nous on a intégré des maladies rares. L’IA a une connaissance très large. Elle pourrait être intéressante en psychiatrie car elle pourrait faire un médecin généraliste augmenté. C’est -à -dire qu’il serait capable de poser un soupçon de maladie en psychiatrie sans être lui-même psychiatre. Il pourrait donc être un lanceur d’alerte. D’ailleurs dans nos pathologies on a des maladies psychiatriques, on peut mettre des symptômes de trouble de la parole etc. On est généraliste donc on peut juste mettre un soupçon, après c’est des IA plus performantes qui vont creuser particulièrement sur ces sujets là. Mais nous notre job n’est pas de poser un diagnostic mais d’émettre une croyance. C’est de dire qu’il y a quelque chose. 

Karima : L’idée du médecin augmenté ? 

Olivier : On ne va que l’assister et non le remplacer. Et donc ce que tu fais avec le patient, qui peut utiliser le patient par lui-même, c’est donc une assistance à son prochain soignant. Le patient amène à son soignant sa plainte, d’un point de vue médical, et ils émettent des hypothèses pour améliorer cette prise en charge ultérieure. 

Karima : Très clair, merci.

(…)

Est-ce que vous savez comment est diagnostiquée aujourd’hui la schizophrénie ? 

Olivier : En France ? Non pas du tout. Je vais regarder si notre système est capable de le faire. 

(effectue des vérifications)

Oh, oui on fait la schizophrénie. Une gravité de 3. Donc on est capable de diagnostiquer une schizophrénie. 

Karima : Que veut dire une gravité de 3 ? 

Olivier : Une gravité de 3 c’est qu’en fait vous n’êtes pas en danger mortel. 5, il faut absolument aller aux urgences. Vous pouvez donc prendre rdv chez le médecin et puis suivre un parcours de soins tranquillement. 

(…)

Karima : Super merci beaucoup ! Là, je peux communiquer des informations sur une personne que j’ai connue par exemple ? 

Olivier : Oui exactement mais il faut être assez précis. 

(Description des symptômes dans MedVir

Olivier : C’est là où nous nous arrêtons, on dit schizophrénie voilà… donc nous on donne une famille, mais après il faut bien entendu aller voir un spécialiste. Qui pourra confirmer, annuler ou infirmer. 

Karima : Donc on est vraiment dans de l’accompagnement, dans de l’orientation. 

Olivier : On est en médecine générale. Qu’on a un peu augmenté par rapport à des médecins qui n’ont parfois jamais rencontré de patients schizophrènes donc qui n’en penseront même pas forcément à poser ces questions que nous avons posé, dans un premier temps. Peut-être qu’il s’arrêtera à d’autres sujets et qu’il coupera court en passant un médoc. 

Karima : Très bien, super intéressant ! Merci beaucoup. Vraiment merci beaucoup pour cette mise en pratique en direct. 

Olivier : Tu vois ça n’est pas très long. 

Karima : Très bien. Donc, selon vous, ce n’est pas utopique d’espérer une meilleure prédiction grâce à l’IA ou ça le reste quand même ? 

Olivier : Non mais c’est totalement lié à la capacité du corps médical à conceptualiser. À mettre des symptômes et être capable de décrire des symptômes. Il n’y a pas d’utopie par rapport à ça. On le voit sur des maladies rares mais je pense qu’il faut assez vite se diriger sur des IA spécialisées. 

(…) 

Karima : Très bien. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, ça fait déjà une bonne heure ! C’était super intéressant ! 

Olivier : Bon courage à toi pour la suite. Merci à toi et bonne soirée quand même. 

Pour en savoir davantage sur l’IA et la psychiatrie, n’hésitez surtout pas à consulter l’article L’intelligence artificielle au service des maladies mentales.