Le livre de Jean-François Amadieu, La société du paraître, est la suite d’un premier opus, Le Poids des apparences, publié en 2002.

Jean-François Amadieu est un professeur de gestion, spécialiste des relations sociales au travail ainsi que des déterminants physiques de la sélection sociale. Il est le directeur de l’Observatoire des discriminations, qui procède à des testings afin de réaliser les premières mesures scientifiques des différentes discriminations d’embauche en France. Il est également professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.

L’objectif de ce livre est d’analyser les formes invisibles de discrimination. L’auteur commence par nous montrer comment le culte de l’apparence imprègne de nombreux aspects de la société. Il identifie ensuite la source de la souffrance causée par la discrimination, qui n’est souvent pas traitée ou discutée en raison d’un manque de conscience de son véritable impact.

Il analyse ensuite les conséquences de cette discrimination, notamment dans le secteur de l’emploi. La loi peut résoudre ce problème. Mais l’auteur suggère que ce n’est pas le cas, peut-être parce qu’en politique ou dans les médias, la question est négligée, comme il le soutient dans les deux derniers chapitres de l’ouvrage.

Certaines formes de discrimination liées au sexe ou à la couleur de peau sont mises en évidence depuis plusieurs années, tandis que d’autres formes plus insidieuses sont courantes. Ces formes de discrimination, invisibles dans les débats et les recherches, sont extrêmement visibles sur les réseaux sociaux et à la télévision. L’enjeu est de taille, d’autant plus que la puissance d’Internet 2.0 est en plein essor, agissant comme un amplificateur narcissique. Jean-François Amadieu parle à ce propos d’une « tyrannie du like ». 

Le livre met en lumière des positions discriminatoires basées sur un certain nombre de critères, principalement le sexe et la couleur. Mais de nouvelles « variables » doivent être prises en compte. Se moquer des personnes en surpoids est un thème ancien et bien connu dans les cours de récréation, mais comme le montre Amadieu, c’est aussi vrai en entreprise. Ce sujet à lui seul nécessite ce que Jean-François Amadieu appelait « fat studies ». L’apparence physique, l’âge, le style vestimentaire, le handicap ou la taille sont d’autres critères à considérer.

L’auteur explique aussi que l’apparence n’a pas toujours le même effet selon le contexte, et que son effet se fait parfois sentir là où on s’y attend le moins. Par exemple, nous avons appris que pour les postes en comptabilité, les candidates séduisantes avaient deux fois plus de réponses que les candidats moins séduisantes.

Le livre nous interpèle aussi sur certains éléments qui semblent être des choix, qui ont suffisamment de sens pour sortir de la liste des discriminations. Par exemple, l’obésité semble être parfois un choix. Tant pis pour ceux qui sont malades, et pour ceux qui ne se conforment pas aux normes physiques qui mettent en avant des modèles qui n’existent pas dans la réalité. De même, notre comportement ou notre apparence vestimentaire ne dépend que de nous. Notre héritage psychologique et culturel ne devrait pas jouer un rôle. Ainsi, certaines formes de discrimination sont invisibles car elles peuvent être contrôlées (ou du moins devraient l’être) par les individus qui les subissent. Ils ne se sentiront que plus coupables.

Les recherches officielles semblent confirmer, voire institutionnaliser, l’accent mis sur les discriminations visibles ou invisibles car elles reproduisent elles-mêmes certains stéréotypes. D’un autre côté, il n’y a pas de lois qui traitent des minorités invisibles ou impensées. On peut également se demander s’il serait nécessaire d’ajouter des lois pour traiter tous les cas de discrimination et de risquer la bureaucratie. Il devient rapidement difficile de s’y retrouver entre les discriminations légitimes et les autres. 

L’auteur a développé de nombreux exemples pour faire de ce livre un plaisir à lire, et on est loin du langage ésotérique de certains écrits sociologiques. L’ouvrage est abondamment documentée par des citations de recherches savantes menées ou non par les auteurs.

Jean-François Amadieu analyse également comment des émissions comme The Voice, par exemple, permettent d’éliminer certaines formes de discrimination. Les jurés se concentrent uniquement sur la voix et non sur l’apparence. Il s’agit bien sûr d’un exemple pertinent, mais les conditions très particulières sur lesquelles l’émission reposent sont difficilement reproductibles, surtout dans un contexte professionnel. Il serait ntéressant d’imaginer des évolutions dans d’autres environnements, professionnels ou non.

En qui ce concerne mon avis personnel sur l’ouvrage, je trouve qu’il est très important de se poser sur ces sujets qui sont rarement abordés, ou de la mauvaise manière. Selon moi, plus on en parle, plus on peut provoquer un impact. Enfin, même si le livre est une lecture intéressante avec ses riches exemples et références, il manque toujours une théorie unifiée de la discrimination qui permettrait de passer de simples énoncés factuels à des explications théoriques des phénomènes.