Les filtres, ces fameux réglages qui nous permettent en un rien de temps de modifier l’apparence, les couleurs, les traits, les proportions, ou encore d’effacer certains aspects non désirés sur une photo, d’une personne, d’un paysage. Ces dernières années, les filtres sont devenus de vraies machines à transformer. Retour sur ce phénomène dont beaucoup ne peuvent plus se passer aujourd’hui et qui peuvent jouer beaucoup sur l’acceptation de soi.

Les filtres : modificateurs d’apparence

Si à l’époque on riait des personnes pouvant mettre le célèbre filtre « chien » de Snapchat, aujourd’hui grand nombre d’entre nous n’oserait plus poster une photo sans filtre (chien, animaux en tout genre ou encore colorimétrique). Créé en 2011, Snapchat est le créateur des filtres (ou lens) en réalité augmentée affichés directement sur sa tête et des stories qui sont disponibles sur le réseau des contenus éphémères depuis 2015. Deux ans plus tard, c’est Instagram qui reprendra le concept et intégrera les filtres à ses stories.

Ces filtres, même si à la base ils ont été créés pour offrir une expérience client inédite et ludique, sont vite devenus des modificateurs d’apparence. Peau lisse, nez affiné, lèvres plus pulpeuses, visage aminci, etc. : les filtres sont aujourd’hui de vrais dictas des critères de beautés. En moins d’une seconde, un filtre peu complètement vous changer et modifier l’image que vous vous faites de vous-même. Autre problème à noter ici, les filtres modifient notre apparence selon les critères de beauté occidentaux.

Pour beaucoup, les filtres sont l’occasion de ressembler le plus possible à leurs personnalités préférées (Kylie et Kendall Jenner, Kim Kardashian, Emily Ratajkowski, Gigi et Bella Hadid etc.)

Les soeurs Kardashian avec des filtres Snapchat sur le visage

« Les selfies que nous postons sur notre profil nous rassurent car ils nous donnent l’impression de maîtriser notre image » Elsa Godart, auteur de Je selfie donc je suis.


Le danger des filtres

D’après une étude menée par l’université de Rutgers (New Jersey), quand on prend un selfie à moins de 30 centimètres du visage, le nez apparaît 30% plus gros qu’il ne l’est en réalité. Pour que toutes proportions soient respectées, il faut être au minimum à 1 mètre 50 de l’objectif ! Pas étonnant donc que les filtres résolvants ces problèmes aient la côte.

Une bonne nouvelle vient palier à cette utilisation massive des filtres qui « gomment nos défauts ». Depuis octobre 2019, Instagram a pris la décision d’enlever les filtres encourageant (fortement) la chirurgie esthétique. Ces filtres (Instagram et Snapchat) favorisent la dysmorphophobie. Ce trouble psychologique est caractérisé par une obsession excessive d’un défaut, affectant de l’image de soi et de la relation à son propre corps.

Les réseaux sociaux en général ont fait naitre un « narcissisme digital », renforcé par ce besoin d’embellir sa vie et son physique, le besoin de tout contrôler. Cependant, comme le rappelle le psychiatre Jean Cottraux, auteur de l’ouvrage Tous narcissiques :

« Les réseaux sociaux ne sont pas à l’origine du développement du narcissisme, ils l’ont juste révélé au grand jour ».

Alors que penser des filtres ? Sont-ils bénéfiques en aidant à montrer une image de nous-même qui nous satisfait ou sont-ils nocifs en nous renvoyant une image qui ne reflète pas la réalité ? Quoi qu’il en soit, j’insiste sur le fait que les filtres sont à utiliser avec modération certes, mais surtout dans un bon contexte. Il faut savoir faire la part des choses entre la réalité et l’image que nous voulons renvoyer.