L’impact psychologique des filtres beauté sur les réseaux sociaux

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, on assiste à une montée en puissance des complexes chez les jeunes générations et les internautes en général. La société du paraître et de la comparaison est omniprésente dans le monde numérique. Cette addiction pour les filtres ne cesse d’augmenter, créant un cercle vicieux chez les internautes : je vois une fille plus belle que moi, je me complexe, je réalise de la chirurgie, je complexe une autre fille, etc. « La beauté règnera sur le monde ». Mais comment définir la beauté aujourd’hui ? Des visages esthétiquement modifiés ou des filtres calqués sur les visages des internautes ?

Le réseau social Snapchat, autrement appelé Picaboo à ses débuts, lance les tendances des filtres en 2015, avec ses premiers filtres chiens, ou encore sa couronne de fleurs ou même des oreilles de lapins. Il faut savoir que son créateur Evan Spiegel Bobby Murphy Reggie Brown, avait racheté une technologie déjà créée par une start-up ukrainienne : Looksery, en voyant déjà l’avancée de cette technologie de pointe. Au départ, cette application visait les internautes qui souhaitaient rester anonyme en modifiant la couleur de leurs yeux ou la taille de leur nez. Avec un rachat à 150 millions de dollars, les premiers filtres 3D voit donc le jour sous le nom de Snapchat. C’était la seule technologie capable d’analyser les mouvements en live, a contrario des autres tels que PhotoBooth ou Facetune.

Un idéal de beauté qui obnubile les internautes, toujours en perpétuelles comparaison d’eux-mêmes. Cette mauvaise habitude de s’habituer à son image filtrée, fausse la perception de son véritable visage, à défaut du virtuel. Cette tendance a viré à l’obsession a un nom : la dysmorphophobie Snapachat, une maladie mentale caractérisée par une préoccupation constante et persistante concernant un défaut de l’apparence physique. « Un trouble psychologique de dysmorphophobie, c’est-à-dire, une focalisation jusqu’à l’obsession sur une partie du corps ou un défaut physique imaginaire ou surestimé par le sujet, peut alors se déclencher par une consommation intensive de ces filtres », ont averti un groupe de chercheuses de l’université de Boston dès 2018. Ces personnes qui souffrent de dysmorphophobie peuvent passer des heures à essayer de corriger un défaut ou encore se comparer pendant des heures à d’autres sur les réseaux sociaux.

Cette addiction à se créer un visage sur mesure, touche plus particulièrement les personnes de 18 à 25 ans. De nombreuses études ont relevé que de nombreux internautes se coiffent, s’habillent ou se maquillent spécialement pour prendre une photo ou un selfie et déclarent mettre au moins 10 minutes pour optimiser leurs selfies avant de les partager, s’ajoute également une moyenne de 7 selfies avant d’être satisfaits du résultat et de les poster en ligne. Flippant non ?

Les réseaux sociaux participent à une standardisation des visages et à l’avènement d’un « esthétisme tyrannique », juge le psychanalyste Michael Stora.

Les possibilités pour changer son identité numérique sont donc infinies grâce aux filtres. Mais cette nouvelle obsession crée bel et bien de nombreux complexes, notamment chez les plus jeunes. Michael Stora, psychologue et psychanalyste, estime, dans un entretien au Monde, que « les réseaux sociaux contribuent à alimenter une addiction pour la médecine esthétique chez les jeunes. »

Les opérations de chirurgie esthétique ont augmenté de 40% depuis le COVID !

Une étude publiée dans la revue médicale JAMA Facial Plastic Surgery, a révélé que « les adolescents étaient de plus en plus nombreux à présenter à un chirurgien esthétique une photo d’eux, filtrée, afin de lui montrer ce à quoi ils souhaiteraient ressembler. » Des chirurgiens esthétiques américains ont confirmé cette « dysmorphie Snapchat », voyant défiler à leurs cabinets de plus en plus de patients obsédés et addicts aux nouvelles normes de beauté imposées par les réseaux sociaux, et notamment des filtres.

Ces interventions touchent en 2022 les 18-34 ans. Selon les statistiques de l’International Master Course on Aging Skin, depuis 2019, les 18-34 ans ont plus recours à la chirurgie que les 50-60 ans, un paroxysme extrême non ? Le célèbre groupe Clinique des Champs-Elysées, réputé dans le milieu de la télé-réalité où les chirurgies sont à gogo, confiait au quotidien Le Monde « qu’il y a une douzaine d’années, à peine 5% des clients étaient âgés de moins de 35 ans. Ils sont plus de 50% aujourd’hui. » Encore plus flippant non ?

Un phénomène que doivent contrer les chirurgiens esthétiques. Il est important de leur faire prendre conscience de ce qui peut se faire en photo, et de ce qui est faisable et “portable”, dans la vraie vie ! “Elles viennent avec des captures d’écran sur leur téléphone, mais c’est mon rôle de leur expliquer que le résultat ne sera pas esthétique, voire de refuser l’intervention quand je juge qu’il sera regrettable” affirme le chirurgien. C’est pourquoi les médecins invitent toujours les jeunes patients, même les adultes, à venir accompagnés d’un proche afin de les conseiller sincèrement sur leurs objectifs.

« On naît comme on est et l’on meurt comme on en est né », disait un célèbre dicton.

Un bel exemple qui a choqué la toile sur Youtube. Qiao Biluo, ça vous parle ? Une blogueuse chinoise se montrait en live avec une peau lisse et des traits fins, disons presque parfaite. Mais, en plein direct sur son live Youtbe, son masque est littéralement tombé, laissant place à une trentenaire bien loin de la perfection qu’elle souhaitait montrer.

Des start-ups profitent de ces obsessions afin d’en attirer plus d’un. L’une des plus célèbres applications de retouches Facetune, a séduit 180 millions d’utilisateurs. La société d’analyse de trafic Sensor Tower indiquait même, en 2018, que « Facetune était la deuxième application payante au monde à être restée le plus longtemps à la tête du top de téléchargement de l’AppStore. »Les jeunes préfèrent ressembler à une forme améliorée d’eux-mêmes qu’aux célébrités ou même leurs idoles. Nous sommes en train de basculer « d’une médecine réparatrice à un esthétisme tyrannique ». Une génération quii développe une addiction aux chirurgies comme un moyen de « continuer éternellement à correspondre à un idéal ». Un cercle vicieux qui ne cesse d’augmenter et d’en séduire plus d’un.

En Chine, la retouche de selfie est devenue omniprésente dans la culture chinoise. Plusieurs jeunes Chinois ont été interrogé au sujet de leur usage sur les applications de retouche, notamment avant de publier une photo sur les réseaux sociaux : en moyenne, ils passent quarante minutes pour embellir leur visage, employant plusieurs applications à la suite.

On pourrait nommer ce phénomène de dysmophophobie sociétale : « l’effet caméléon ». En psychologie, cela désigne une tendance à adapter tout type de comportement, ses langages, mimiques, sa personnalité, bref sa personne aux individus qui se trouvent en face de nous. Un phénomène qui « concerne ceux et celles qui se calquent tellement sur les autres qu’ils finissent par ne plus savoir ce qu’ils aiment et veulent vraiment», alerte Ondine Khayat. « Ils et elles oublient leur individualité et sont débordé(es) par le ressenti des autres ».

Afin d’aider les jeunes générations à s’accepter au naturel, plusieurs mouvements digitaux tentent de décomplexer ces nouveaux codes de beauté virtuels, comme avec le hashtag « no filter » ou le « filter drop », qui invitent les utilisateurs à enlever le filtre ou à ne pas en utiliser. Ces mouvements permettent de revenir à l’essentiel, et d’accepter son apparence sans filtre. En 2019, Instagram interdisait l’utilisation de certains filtres sur sa plateforme, mais en vain. En 2022, on assiste à une montée en puissance des complexes chez les jeunes générations et donc à un effet très pervers des filtres.

Face à ce constat, Dove lance une campagne digitale pour sensibiliser les adolescents et adolescentes « à une beauté décomplexée et sans filtre ». La marque cite : « Nous sommes une marque mondiale et avons un fort pouvoir de communication. En ce sens, nous avons un rôle à jouer. Notre but est de faire évoluer les consciences. Bien sûr, c’est un travail de longue haleine mais en tant que marque engagée sur l’estime de soi des jeunes depuis 2004, c’est notre rôle aujourd’hui de mettre en lumière ce phénomène et de donner les outils pour agir. Cette campagne vise en effet d’une part à sensibiliser le grand public à l’impact et la pression des réseaux sociaux sur l’estime de jeunes, et notamment des jeunes filles », explique Firdaous El Honsali, directrice de la communication mondiale et du développement durable Dove.

Une expérience intéressante d’un photographe britannique nommé Rankin a essayé de prouver l’impact néfastes des filtres d’Instagram, de Snapchat, sur la santé mentale et la psychologie des adolescents. Il a réalisé une série de portraits de quinze jeunes, âgés de 10 à 18 ans. L’expérience demandait d’éditer leur photos comme ils le souhaitaient, pour arriver au résultat qu’ils auraient posté naturellement sur leurs réseaux sociaux. Aucun des cobayes photographiés n’a gardé la photo d’origine de Rankin. La majorité ont effectué des retouches banales, modification du nez, lissage de peau, plus grosse bouche, en s’adaptant une nouvelle fois aux nouveaux codes de beauté. L’avant et après de l’expérience illustrent cette obsession chez les jeunes à se rendre parfait. Rankin dénonce les « effets néfastes des médias sociaux sur l’image de soi ».

L’arrivée du « body positivisme » a lancé le sujet. Un mouvement qui prône l’acceptation de soi. Il apporte une solution intéressante, mais il n’aura pas fait long feu face à la multiplications de ce cercle vicieux.

Le naturel se perd, à nous de ne pas entrer dans ce monde superficiel. Qu’une femme ou un homme de 50 ans souhaite avoir recours à la chirurgie est pour ma vision des choses, normales, en vue de la peur de la vieillesse. Mais que notre génération banalise ses effets néfastes sur nous, cela me foudroie ! Des amies à moi, ayant modifié esthétiquement leurs visages ou autres, m’ont déjà incité à « m’arranger », « tu devrais t’arranger, tu vas être encore plus belle ». Mais je n’ai pas sombré dans cette superficialité sans limite. Je suis fière de ne pas avoir eu recours à la chirurgie esthétique, même si moi-même j’ai déjà été complexée sur les réseaux sociaux. Je suis fière de m’assumer telle que je suis, et fière d’être naturelle dans un monde où la perfection prime.

#100%naturelle.